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1 an après, les héritiers de Samuel Paty

Dernière mise à jour : 11 oct. 2022




Éragny, vendredi 16 octobre 2020, 17h, un enseignant d’histoire-géographie est lâchement décapité alors qu’il rentrait du collège où il exerçait le plus beau des métiers : médiateur du savoir. Il s'appelait Samuel Paty. Âgé de 47 ans et père d’un enfant de 5 ans, il était un professeur très apprécié des élèves comme de ses collègues. Cependant, par un engrenage mortifère mêlant diffamation, fondamentalisme et endoctrinement, ce professeur fut victime d’une attaque terroriste islamiste.


Tué parce qu’il ne faisait que son travail, celui de transmettre le savoir, de cultiver la liberté et de permettre à de futurs citoyens de se forger un esprit critique. Cela par un cours d’éducation morale et civique, qu’il donnait à ses élèves de quatrième au collège Conflans-Sainte-Honorine, avec comme thématique l’épineuse question de la liberté d’expression : sommes-nous libres de nous moquer de tout et en particulier des croyances ?

Lors d’un cours minutieusement préparé - avec l’appui pédagogique des caricatures du prophète Mahomet publiées dans le journal satirique Charlie Hebdo - il enseigna cette distinction fondamentale entre la critique de la religion, liberté essentielle d’une démocratie libérale, et l’incitation à la haine à l’encontre des croyants, sanctionnée par la loi républicaine. Ainsi expliquait-il à ses élèves l'absence du délit de blasphème dans une démocratie moderne comme la France.


Tué pour une rumeur : le contenu de ce cours fut instrumentalisé à travers une polémique créée de toute pièce par une jeune élève, absente du cours, inventant que son professeur aurait forcé les musulmans à quitter la salle de cours alors que la réalité est tout autre : l’enseignant avait seulement invité aux élèves qui le souhaitaient à ne pas regarder les caricatures. Croyant aveuglément dans les mensonges de sa fille, Brahim Chnina produit alors une vidéo virulente pour mettre en cause Samuel Paty. Il la partagea massivement sur Whatsapp, et porta également plainte à l’encontre de l’enseignant pour « diffusion d’images pornographiques » en raison d’une caricature présentant le prophète nu. Ainsi débuta l’inarrêtable propagation de cette fake news sur les réseaux sociaux, jetant en pâture Samuel Paty et l’adresse de son collège sur la toile, maelström renforcé par des activistes à l’image du militant islamiste Abdelhakim Sefrioui et de la mosquée de Pantin qui relayèrent le discours de l’imposteur.

C’est après avoir été victime de cet infernal tumulte que Samuel Paty fut martyr de la barberie sans nom du jeune djihadiste Abdoullakh Anzorov, terroriste biberonné aux superstitions de l’ignorance. Cet assassin, bras armé du totalitarisme islamiste, partageait impunément sa doctrine sur Twitter via de nombreux messages fondamentalistes qui n’avaient pas été considérés par la plateforme PHAROS. Il n’a fallu que quelques publications mensongères partagées sur les réseaux sociaux pour que ce bourreau repéra sa victime, ciblant par ce dernier la liberté de blasphème et l’École républicaine.

L’École, par la diffusion de la connaissance et l’aiguisement du sens critique de chaque jeune, se trouve être un antidote puissant pour faire face à l’obscurantisme religieux qui se repaît de l’ignorance et prétend imposer une vérité transcendante. Pourquoi l’institution scolaire ? Car elle doit s’affirmer comme sanctuaire qui sait se placer à saine distance des torpeurs sociétales et, bien que l’interférence parentale ait progressé, doit assurer à l’enfant la confrontation avec un socle universel qui ne l’assigne pas dans une identité figée et non-choisie. Ainsi, à l’école de la République, les enfants se familiarisent avec un ensemble de valeurs qui conditionnent ce que l’on nomme “citoyenneté”, c’est-à-dire l’inscription d’individus égaux dans une communauté de destin.


De ce choc indélébile, de cet acte impardonnable, nous devons en faire une force : rester unis en faisant bloc, continuer à porter le combat des Lumières et de l’universalisme républicain, et ne rien céder sur nos valeurs face aux obscurantistes et autres ennemis de la République. Que ce précieux flambeau laissé par cet hussard noir soit notre héritage : diffuser cet amour si français de la liberté, liberté d’expression, d’impertinence, mais aussi liberté de critiquer et de se moquer d’une religion. Car rien n’est acquis, en démontre le sondage IFOP publié en début de cette année exposant qu’un enseignant sur quatre se censure plusieurs fois par an sur le sujet de la laïcité pour prévenir toute polémique. Face aux cultivateurs de haine, que les nombreuses écoles portant maintenant le nom de Samuel Paty soient d’inébranlables maisons du savoir, de transmission et du débat démocratique.


Dans sa “Lettre aux Instituteurs et Institutrices” publiée le 15 janvier 1888 dans le journal La Dépêche, Jaurès écrivait : “Dans chaque intelligence, il y aura un sommet, et ce jour-là, bien des choses changeront”. Il nous rappelle que la bataille pour la liberté se perpétue chaque jour dans nos écoles.



Nous ne vous oublions pas, Monsieur Paty.


Loup LAURENT

Valentin GUILLET


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