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Donald Trump, ou le mirage de l'America First - Partie 1

Dernière mise à jour : 5 nov. 2020


L'élection états-unienne, un capharnaüm électoral


En cette froide matinée du 8 novembre 2016, il est 8h45 passé quand l'État de l’Arizona est remporté par le candidat républicain Donald TRUMP, il vient d’obtenir la majorité absolue des grands électeurs. L'atmosphère est lourde et la frustration palpable à l’intérieur du Javits Center, cette salle de conférence new yorkaise où Hillary CLINTON a établi son quartier général. Le milliardaire états-uniens de 70 ans devient alors le 45e président des États-Unis.

Septembre 2020, 4 ans ont passé depuis l’installation dans le bureau ovale de M. TRUMP et le prochain scrutin présidentiel approche jours après jours. Le mardi 3 novembre, plus de 250 millions d’états-uniens seront appelés à voter pour choisir de reconduire le septuagénaire républicain pour un second mandat ou bien de voter pour son farouche opposant démocrate, l’ancien vice-président de Barack OBAMA, Joe BIDEN.


L’élection de novembre 2016 n’a pas réuni les États-Uniens, au contraire elle a exacerbé les divisions qui touchent maintenant tout le pays. Les épisodes politiques, socio-économiques et même diplomatiques de ces quatre années vont achever la rupture du peuple États-Uniens entre les Pro et les Anti-TRUMP.



L’élection États-unienne, un scrutin pas comme les autres

L’élection du président des États-Unis est un scrutin au suffrage universel indirect binominal à un tour pour un mandat de quatre ans.

Derrière cette formule formelle se dessine une réalité électorale complexe. Le 3 novembre les électeurs états-uniens voteront au suffrage universel direct pour un collège électoral de 538 grands électeurs répartis en fonction de la démographie dans les 50 États fédérés. Ce sont ces grands électeurs qui, dotés d’un mandat impératif, éliront le ticket présidentiel en décembre 2020. Pour remporter l’élection, le candidat et son colistier doivent obtenir la majorité absolue de 270 grands électeurs. Lorsqu’il obtient la majorité simple du vote populaire dans un État, le ticket candidat emporte l’ensemble des grands électeurs de cet État. Ce fait électoral explique la victoire de Donald TRUMP en 2016 malgré le soutien populaire à Hillary CLINTON.

Sur ce principe, tous les États fédérés n’ont pas la même valeur électorale. Les États les plus peuplés apportent plus de grands électeurs aux candidats, et donc sont plus courtisés. C’est notamment le cas de la Californie qui compte 55 grands électeurs ou de l’État de New York qui en offre 29.


Cependant, certains États peuvent changer leur majorité partisane d’une élection à l’autre : ce sont les swing states. Ces États pivots qui peuvent faire basculer les résultats sont à chaque scrutin un enjeu central pour les partis qui espèrent y obtenir les grands électeurs. Le plus souvent, ce sont l’Arizona, la Floride, le Michigan, la Pennsylvanie, le Wisconsin, le New Hampshire et la Caroline du Nord qui sont définis comme des État pivots.



Mais à cette liste s'ajoute le Texas et ses 38 grands électeurs qui en 2020 pourraient basculer dans le camp démocrate après 43 ans de domination républicaine. En effet, depuis 2008, 700 000 californiens ont fuit le coût de la vie de la côte ouest pour s’installer au Texas.


Cet État, pourtant bastion républicain depuis 1976 pourrait avec cette nouvelle population jeune et diplômée voter en faveur du candidat démocrate alors que les écarts entre les deux partis se réduisent à chaque scrutin.

Par ailleurs, le 3 novembre de nombreuses élections se tiendront en parallèle au scrutin présidentiel. Des élections locales - gouverneurs, juges, certains référendums locaux - et des élections fédérales - Élection des 435 membres de la chambre des représentants et le renouvellement d’un tier des sièges du Sénat.

Minoritaires au Sénat, avec seulement 45 sièges, les démocrates ont moins à perdre lors de ces élections sénatoriales. En effet, les mandats de 23 sénateurs républicains arrivent à leur terme et doivent être renouvelés, les démocrates, eux ne remettent en jeu que 12 sièges. C’est sur ce moindre écart que ces derniers espèrent récupérer la majorité à la chambre haute.

La campagne présidentielle s’arrêtera officiellement le 20 janvier 2021, jour de l’investiture du candidat élu.

La confrontation des personnalités

Bien avant le choc présidentiel entre démocrates et républicains, se sont tenues à la fin de l’été les primaires partisanes dans un contexte sanitaire exceptionnel.

Le 24 août dernier Donald TRUMP et son Vice-président de 61 ans Mike PENCE ont été reconduits lors de la convention républicaine de Charlotte en Caroline du Nord pour représenter le “Grand Old Party” . Une semaine plus tôt, la convention démocrate qui s’est tenue dans la ville industrielle de Milwaukee dans le Wisconsin a désigné Joe BIDEN et Kamala HARRIS pour mener la course à la présidence des Etats-Unis.

Si la bataille pour la Maison Blanche ne s’arrête jamais réellement dans le pays de l’oncle Sam, la clôture des conventions partisanes a marqué l’entrée dans la dernière ligne droite à 70 jours de l’Election Day.

Chef de file du camp démocrate en cette course électorale, Joe BIDEN n’est pas un inconnu du champ politique États-unien. Vice-président de Barack OBAMA entre 2009 et 2017, il a été sénateur du Delaware pendant 36 ans entre 1973 et 2009. Deux fois candidat malheureux aux primaires démocrates en 1988 et 2008, le candidat modéré est pro-avortement, pour le mariage homosexuel et opposé à la peine de mort. Joe BIDEN veut, à l’instar de son opposant républicain, promouvoir le “made in USA” et prévoit un plan d'investissement de 700 milliards de dollars pour relancer l’économie états-unienne en partie mise à l’arrêt par la pandémie du coronavirus. Incarnation du self made man populaire et de la réussite états-unienne, le candidat démocrate s’est construit l’image de l’homme de la conciliation. C’est cette capacité du compromis qui lui a permis de s’imposer face aux 27 autres candidats lors de primaires démocrates très disputées.


S’il arrive à maintenir une certaine unité de façade au sein du parti démocrate, Joe BIDEN est critiqué pour son âge avancé. En effet à 77 ans, s’il remporte l’élection, M. BIDEN deviendrait le président États-Unien le plus âgé à entrer en fonction. Pour compenser son âge, le démocrate s’est engagé à désigner une femme plus jeune pour le seconder.

Loin d’être anodin, le choix du colistier sur le ticket est un autre enjeu électoral. En effet, le colistier et candidat à la vice-présidence complète l’aspirant président et compense ses défauts en s’adressant à une certaine partie de l’électorat moins attirée par la personnalité du candidat à la Maison Blanche. Alors qu’il était essentiellement symbolique dans un premier temps, le rôle de vice-président est aujourd’hui plus précis. En effet, celui-ci, en plus de présider le Sénat, a pour mission de remplacer le locataire du bureau oval si ce dernier ne peut exercer son rôle ou si le poste est laissé vacant. L’exemple resté tristement célèbre est celui de Lyndon JOHNSON qui accèdera à la présidence des États-Unis après l’assassinat de John Fitzgerald KENNEDY en 1963.



En 2016, Mike PENCE était déjà colistier de Donald TRUMP, lui apportant le soutien de la frange la plus conservatrice des électeurs républicains. Evangéliste, contre le mariage homosexuel, anti-avortement et climato-sceptique, l’ancien gouverneur de l’Indiana apporte à M. TRUMP une base idéologique ainsi qu’une caution chrétienne et conservatrice. Candidat à sa propre succession, le sexagénère s’oppose à la sénatrice démocrate de 55 ans, Kamala HARRIS.



L’ancienne procureure générale de Californie a été choisie par Joe BIDEN pour compléter

son ticket. Figure sérieuse, Kamala HARRIS apporte cette mesure à Joe BIDEN quelques fois maladroit dans ses déclarations. De plus, Mme HARRIS amène le soutien d’une partie de la communauté noire et hispanique ainsi qu’une partie de la jeunesse revenue de la gauche progressiste et pro-SANDERS, à M. BIDEN. En cas de victoire démocrate en novembre, elle pourrait devenir la première femme noire à entrer à la Maison Blanche. Célèbre pour sa fermeté, Kamala HARRIS est parfois critiquée pour sa politique répressive lorsqu'elle était procureure.



Candidat à sa réélection, Donald John TRUMP n’a jamais réellement stoppé sa campagne depuis novembre 2016. Ce président atypique a transformé la communication politique, faisant des réseaux sociaux un lieu d’affrontement permanent. Attaché à se détacher de ses prédécesseurs, le président sortant s’est appliqué à démanteler plusieurs mesures économiques, environnementales et sociales importantes, prises notamment sous son antécesseur, Barack OBAMA.


Cependant, il n’est pas totalement en rupture avec certains anciens président républicains. Il est d’ailleurs souvent mis en parallèle avec Ronald REAGAN, président des États-Unis entre 1981 et 1989, à qui il a emprunté le slogan “Make America Great Again” que ce dernier avait utilisé lors de sa campagne de 1980.


Vierge d’expérience élective avant 2016, le président TRUMP voulait se détacher des “élites” de Washington et “rendre sa grandeur à l’Amérique”. Si sa base électorale le voit comme le sauveur du “modèle Américain”, d’aucuns le décrivent comme populiste.

Durant ses quatre années de mandat, le président républicain a légitimé ses actions par le soutien de “la majorité silencieuse”, rhétorique chère à Richard NIXON, par la critique des médias d’opposition et des élites ainsi que la remise en question de la vérité. Outsider en 2016, l’ancien homme d’affaires à la fortune floue - mise en cause depuis la parution de l'enquête du New York Times paru le 27 septembre 2020 - veut renvoyer l’image du “self made man parti de rien”. Se posant en représentant des intérêts du peuple, Donald TRUMP voulait être en 2016 l’alternative à “la crise de représentativité des partis” et incarner une “nouvelle politique”.

Le vote par correspondance : entre casse-tête et décrédibilisation

Invité surprise dans cette élection, le coronavirus bouleverse l'entièreté du processus électoral. Après des conventions démocrates en visio-conférence, c’est le vote à la présidentielle qui est maintenant dans l'expectative.

La solution envisagée par de nombreux États est de passer par le vote par correspondance pour limiter les files d’attente dans les bureaux de vote. Cette manière de voter enflamme depuis plusieurs semaines la course à la Maison Blanche.

Déjà utilisée lors des précédentes élections, le vote par correspondance est une des options permettant à des dizaines de milliers d’électeurs de voter de façon anticipée. Cette manière de voter veut limiter l’abstention et permettre aux personnes ne pouvant se déplacer le 3 novembre de voter. En 2016, 35 % du corps électoral avait voté avant le 8 novembre. Cette année encore, le vote anticipé est très suivi et bat des records sans précédent alors que près de 50 millions d’états-uniens ont déjà voté fin-octobre.

Mais lorsque l’on évoque ce type de procédé électoral, le président TRUMP hurle à la fraude et aux faux résultats, considérant que “le vote postal est une chose dangereuse [...] gangréné par la fraude”. Propos qu’il a rappelés lors du débat face à Joe BIDEN le 29 septembre dernier. Bien avant ça, le 26 mai 2020, le président sortant avait déclaré sur son compte Twitter que “des boîtes aux lettres seront forcées, des bulletins contrefaits, même imprimés illégalement ou frauduleusement à l’étranger”.


Or, en plus des mesures anti-fraudes misent en place par un grand nombre d'États, les enquêtes sur la fraude électorale montrent que celle-ci est très minoritaire, très largement inférieure à 1 % lors du scrutin de 2016, et qu’aucun mouvement de fraude de masse n’a jamais été détecté.

En réalité ce qui effraie le président Donald TRUMP, c’est le regain de participation que pourrait engendrer le vote par correspondance chez les démocrates et notamment auprès des minorités habituellement tournées vers le camp de l’abstention. En effet, une enquête du Pew Research Center paru en octobre montre que 66 % des partisans de Joe BIDEN prévoient de voter par correspondance contre 17 % pour les électeurs républicains.

Cependant, l’appréhension principale qui repose sur le vote par correspondance, c’est les retards que pourraient prendre l’acheminement des bulletins. En est pour preuve, une enquête du Washington Post diffusée à la mi-août 2020 qui souligne que 46 États sur 50 pourraient souffrir de retards dans l’acheminement des bulletins et notamment dans certains États clés.

Récemment réformé par le nouveau ministre des postes, Louis DEJOY, le très populaire service fédéral des postes pourrait ne pas pouvoir faire face à un tel afflux de courrier. En effet, en plus d’avoir interdit les heures supplémentaires, M. DEJOY a décidé de réduire une fois de plus les coûts en démantelant 600 machines de triage du courrier. Or, ce proche de Donald TRUMP est critiqué par l’angle politique qu’il fait prendre à l’agence fédérale.

Suite à cette réforme, aujourd’hui en partie annulée par le congrès, l’opposition démocrate crie au sabotage et accuse Donald TRUMP de faire un travail de sape pour décrédibiliser le vote par correspondance et ainsi affaiblir l’impact d’une potentielle défaite.

Pour “s’assurer” de la fiabilité du vote par correspondance qu’il ne cesse de critiquer, Donald TRUMP a appelé ses électeurs à voter à deux reprises, une fois dans les urnes et une fois par la poste, déclarant “vous devez être certains que votre voix compte”. Cette pratique illégale a suscité une large polémique aux États-Unis, semant le trouble chez ses électeurs et témoignant de l’inquiétude du candidat TRUMP.

Ce dernier a d’ailleurs affirmé le 17 septembre dernier, lors d’un meeting dans le Wisconsin, que “la seule manière de perdre cette élection, c’est si elle est truquée ! [Les démocrates] ne gagneront que comme ça. On ne peut se le permettre”.

Bref,

À l'imprévisibilité de l’acceptation du verdict électoral par Donald TRUMP qui déclarait sur Fox News le 19 juillet 2020 “Je ne suis pas un bon perdant, je n’aime pas perdre. Il faudra que je vois …” s’ajoute la décrédibilisation réitérée de la fiabilité du vote par correspondance par le locataire de la Maison Blanche et les retards que cette manière de voter pourrait prendre, risquant de retarder la publication des résultats officiels et de provoquer une période de flottement insurrectionnel aux États-Unis.


Hugo Désévédavy


Partie 2 à suivre ...

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