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Donald Trump, ou le mirage de l’America first - Partie 2

Dernière mise à jour : 5 nov. 2020


Un bilan économique en trompe-l’oeil : l’illusion d’une économie relancée



Dans le berceau du capitalisme, les hommes d’affaires sont rois


Invoquant un bilan économique exceptionnel, son principal atout pour la course à la Maison Blanche, le président TRUMP déclarait le 22 septembre dernier lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, qu’en “l’espace de trois ans, nous avons bâti la plus grande économie de l’Histoire”.

En effet, avant la pandémie du coronavirus qui a touché l’économie mondiale, les chiffres montraient une embellie économique à l’œuvre depuis plusieurs années. Le taux de chômage sous Donald TRUMP est passé sous les 4%, atteignant 3,5% en février 2020, un des taux les plus bas depuis plus de 20 ans selon le Département états-unien du travail. Dans le même temps, le Produit Intérieur Brut des États-Unis continue d’augmenter avec une croissance oscillant entre 1,6% et 3% par an depuis 2010 atteignant 21.430 milliards de dollars en 2019, loin devant les autres États de l’OCDE.

De plus le 20 décembre 2017, le congrès à majorité républicaine adoptait le projet de baisse des impôts voulu par Donald TRUMP. La diminution drastique de l'imposition sur les sociétés de près de 15 points de pourcentage et la diminution globale de l’impôt sur le revenu ont permis l’investissement des entreprises et une hausse du revenu annuel médian des ménages états-uniens qui s’élevait en 2019 à plus de 68.700 dollars.


Bilan économique : le retour de bâton


Mais ce mirage économique cache d’importantes faiblesses et exagérations. Premièrement, Donald TRUMP n’a pas bâti “la plus grande économie de l’Histoire”. En effet, en 1951 par exemple, Harry TRUMAN occupe le bureau ovale depuis 1945, le produit intérieur brut connaît une croissance annuel de 8% et le taux de chômage s’établit à 3,1%.


Ensuite, d’un côté, la baisse des impôts mis en place aux taux les plus faibles depuis près de 30 ans - que M. TRUMP saluait fin 2017 comme “une victoire historique pour les américains” - a provoqué une diminution des recettes de l’État fédéral, mais pas de ses dépenses. De ce fait pour financer leur budget, les États-Unis ont fait appel à l’emprunt qui a une nouvelle fois alourdi le déficit du pays. La dette états-unienne crève les plafonds, atteignant 26.730 milliards de dollars et 124% du PIB selon un rapport du département du trésor du 31 août 2020.

De l’autre côté, si le chômage a bien diminué sous le mandat de M. TRUMP pour atteindre le plein-emploi, cette diminution avait déjà été amorcée dès octobre 2009 par son prédécesseur Barack OBAMA après la crise des Subprimes, passant de 10% en octobre 2009 à 4,7% lors de l’investiture de Donald TRUMP en janvier 2017.

En outre, cette diminution du chômage est contrastée par les milliers de chômeurs ayant quitté le marché du travail et donc les statistiques fédérales. De plus, si le chômage baisse, le nombre de travailleurs pauvres et précaires augmente et fragilise la classe moyenne ouvrière.


Au contraire de relancer l’économie des États-Unis, l’administration TRUMP a accentué la fracture non seulement économique, mais aussi sociale. En 2019, d’après le recensement fédéral, plus d’un états-unien sur dix vivait sous le seuil de pauvreté. Avant la crise économique provoquée par le coronavirus, 40% des états-uniens se disaient incapables de faire face à une dépense imprévue de plus de 400 dollars.


Pour Christophe BLOT, économiste à l’Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE), “la réforme fiscale et les choix budgétaires qui ont été faits par le président américain vont plutôt accroître les inégalités”.

Par ailleurs, l’opposition entre démocrates et républicains, sur le vote des budgets a provoqué des Shutdown - arrêt complet des activités gouvernementales et fédérales - à répétition début 2018 et début 2019, et la mise au chômage technique non rémunéré de plusieurs dizaines de milliers d’employés fédéraux.


Le coronavirus ou le symbole d’une économie malade

A cette situation économique en trompe-l’œil s’est ajoutée au début de cette année 2020 la crise du coronavirus. Ce choc historique a mis les États-Unis à l’arrêt et les états-uniens au chômage.

Du plein emploi, le pays est passé à un chômage à 14,7% en avril 2020 avec plus 23,5 millions de chômeurs. S’il est redescendu sous la barre des 8% en septembre, le chômage se prolonge avec la fermeture des lieux de loisirs, de cultures et des restaurants, avec le confinement mis en place par certains États fédérés et les licenciements massifs dans plusieurs secteurs de l’économie et notamment des compagnies aériennes comme United Airlines qui annonçait début octobre le licenciement de près de 13.000 employés.

Illustration de cette crise, les queues interminables de voitures devant les banques alimentaires ou encore le million et demi de demandes d’allocations chômage pour la seule semaine du 12 juillet 2020.


La Chine : l’alliée venu d’Asie ?


Durant la campagne électorale de 2016, le candidat TRUMP haranguait ses soutiens lors de ses meetings de slogans accusant la Chine d’avoir “inventé le concept de réchauffement climatique pour affaiblir l’industrie américaine”.

En janvier 2017, le président TRUMP fait son entrée à la Maison Blanche et les tensions entre Chine et États-Unis s’intensifient.

Le nouveau président veut inverser la balance commerciale déficitaire des États-Unis face à la Chine et le déficit commercial qui s’élevait en 2017 à 375 milliards de dollars, déficit multiplié par 10 en 20 ans.

Premier importateur mondial, l’Oncle Sam a vu sa politique économique se renationaliser avec Donald TRUMP, notamment vis-à-vis de la Chine. En effet, dès 2018, Washington accuse Pékin de sur-subventionner les entreprises chinoises, “de piller” les technologies états-uniennes par des rachats d’entreprises et le transfert de technologies imposées par la Chine.


Pour contrer l’Empire Céleste et pour enrayer “le déclin industriel des États-Unis”, l’administration TRUMP met en place des barrières commerciales protectionnistes fortes pour diminuer la compétitivité chinoise et renforcer celle des produits États-uniens (taxes sur l’acier, l’aluminium, le matériel électroménager comme les machines à laver). Mais le deuxième créancier de la dette états-unienne a riposté en taxant à son tour des produits venus d’Outre Atlantique (tels que le soja, le coton, la viande de porc ou encore les automobiles) diminuant la compétitivité de certaines entreprises états-uniennes, notamment les agriculteurs du Midwest, électorat acquis au président sortant.

Étape supplémentaire dans l’escalade de tension entre Pékin et Washington, Donald TRUMP prend le 15 mai 2019 un décret interdisant aux entreprises états-uniennes d’avoir recours aux équipements de Huawei, cette entreprise de télécommunication chinoise accusée d’espionner l’administration fédérale au nom du gouvernement chinois. En représailles, la Chine menace de mettre en place des restrictions sur les produits Apple.


Cependant, l’augmentation des prix provoquée par les taxes de cette guerre commerciale impacte directement le pouvoir d’achat des ménages états-uniens déjà durement touchés par la crise du coronavirus.

De plus, la pandémie ayant durablement touché les économies mondiales a paradoxalement épargné l’économie chinoise dont le PIB repart à la hausse au deuxième trimestre. Cependant, elle n’a pas exempté les États-Unis dont la croissance de son produit intérieur brut peine à repartir alors qu’elle était dans le rouge en juin dernier, à -10%.


L’écologie, le parent pauvre de la politique de relance états-unienne


Le redémarrage de l’économie états-unienne initié dès 2009 par Barack OBAMA et continué ensuite par les réformes fiscales de l’administration TRUMP pour relancer l’économie se sont faites au détriment de l’environnement et de la lutte contre le réchauffement climatique.

Effectivement, avec un modèle basé notamment sur l’industrie lourde et l’extraction des énergies fossiles, les États-Unis sont un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre de la planète. Sous l’impulsion de Donald TRUMP, le pays jouit d’une indépendance énergétique due à l’extraction de gaz de schiste et de gaz naturel, devenant en novembre 2018 le premier exportateur mondial de pétrole devant la Russie et l’Arabie Saoudite selon un rapport de l’International Energy Agency.


Mais au-delà de promouvoir l’économie au détriment de l’écologie, ce qui inquiète le plus avec l’actuel locataire du bureau ovale, c’est sa remise en question du changement climatique. En effet, climatosceptique, le candidat puis président TRUMP a toujours nié l'existence de ce réchauffement du climat qu’il qualifiait en 2016 de “canular” et raillant l’hiver froid de 2019 et ses températures négatives inédites depuis plusieurs années .

Considérant que les mesures environnementales prises par le président OBAMA sont “anti croissance”, Donald TRUMP a dès le 1er juin 2017 activé la procédure de sortie des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat ratifié lors de la COP21, parlant d’un “accord partial” destiné à ralentir l’économie états-unienne, dont le départ effectif se fera … le 4 novembre 2020, au lendemain de l’election day.

Dès 2017, M. TRUMP nomme à plusieurs postes clés de son administration des personnalités issues du milieu de l’énergie telles que son ex-secrétaire d’État, Rex TILLERSON, ancien président d’Exxonmobil.

Mais, alors que le rapport de l’ONG WWF de 2020 alarme sur un déclin sans précédent de la biodiversité, une étude de l’université de Harvard souligne que depuis le début de son mandat, Donald TRUMP a démantelé près de 70 mesures de protection de l'environnement et de la biodiversité, telles que le clean power plan négocié sous l'administration OBAMA qui visait à diminuer les émissions de gaz à effet de serres des centrales thermiques produisant de l'électricité.

Autre mesure abrogée, la révocation de plusieurs textes réglementant la fracturation des sols lors de l'extraction du gaz de schiste, notamment dans la Rust belt, cette vaste zone industrialisée du nord-est des États-Unis qui a voté en grande majorité pour le candidat TRUMP en 2016 qui se voulait le sauveur de l’industrie nationale.


Alors que l’actuel chef de l’État se qualifie lui-même de “président le plus environnementaliste depuis Théodore ROOSEVELT”, plusieurs experts de la santé et du climat alarment sur le fait que l’abandon de ces mesures anti-pollution pourrait provoquer “la mort prématurée” de plusieurs milliers d’états-uniens et aggraver les phénomènes climatiques tels que les inondations ou les cyclones.


En dépit de la politique fédérale niant le changement climatique de l’administration TRUMP, au niveau local, la donne est différente alors qu’une vingtaine d’États fédérés se sont engagés à respecter les engagements de l’accord de Paris malgré la décision unilatérale de M. TRUMP d’en sortir.


Bref,


En conclusion, si le président TRUMP se targue d’un bilan économique sans précédent, c’est en réalité une situation très contrastée qui se dessine à quelques jours du scrutin. Entre précarisation des travailleurs pauvres, destruction d’une partie de l’économie par la crise du coronavirus et guerre commerciale sino-états-unienne touchant directement le pouvoir d’achat des ménages, Donald TRUMP, ne peut se targuer d’un bilan formidable. Enfin, alors que le plan de relance de l’économie après la pandémie peine à passer l’épreuve du congrès, l’écologie n’est, cette année encore, pas la priorité du président sortant alors que la Californie a connu durant l’été 2020 certains des plus grands incendies de son Histoire.





La crise du coronavirus : Les États-Unis face à leurs faiblesses



Le coronavirus : un bilan lourd à porter


Fin septembre 2020, ils sont des milliers plantés dans l'herbe de l’esplanade du National Mall, au pied du Washington Monument, ces petits drapeaux états-uniens installés en hommage aux centaines de milliers de personnes décédées du COVID-19.

Alors que le monde est endeuillé de plus d’un million de morts, les États-Unis portent le plus lourd bilan avec plus de 220.000 décès à la mi-octobre, auxquels s’ajoutent chaque jour plus de 70.000 individus supplémentaires contaminés par la maladie.


Invitée surprise de la campagne électorale, la crise du coronavirus s’est installée très rapidement comme l’enjeu central du scrutin. En effet, à l’inverse de la diplomatie ou des politiques climatiques, la question sanitaire touche directement les citoyens états-uniens qui ont vu leur vie considérablement impactée par la pandémie.


Détecté à la mi-décembre dans la province du Hubei au centre-est de la Chine, le coronavirus apparaît aux États-Unis le 21 janvier 2020. Mais c'est réellement à partir du mois de mars que les États-Unis vont souffrir d’une vague de contaminations de grande ampleur, enregistrant près de 75.700 nouveaux cas pour la seule journée du 16 juillet 2020. Après avoir connu une diminution du nombre de cas quotidiens fin-juillet, les contaminations sont de nouveau en augmentation depuis la mi-septembre, signe que la deuxième vague touche aussi les États-Unis.


Minimisant d’abord la pandémie, Donald TRUMP déclarait le 11 mars 2020 “qu’aucune nation n’est mieux préparée ou plus résistante que les États-Unis”.

Constatant l’étendue de la contamination, le président TRUMP invoque le “très bon travail” de son administration pour répondre à la maladie et relativise les plus de 220.000 morts dans son pays, estimant que le bilan aurait pu être bien plus élevé. Mais opposé au confinement total qu’ont pu connaître certains pays comme c’est le cas de la France, l’actuel président souhaite un redémarrage rapide de l’économie états-unienne. Voulant rassurer la population, M. TRUMP annonçait début août 2020 la précommande de 100 millions de doses du vaccin contre le coronavirus au laboratoire Moderna, assurant que les États-Unis seraient le premier pays à obtenir le précieux remède lors de sa mise sur le marché.

A l’instar du vaccin futur, le masque de protection est devenu l’objet symbole de l’année 2020, et par conséquent un outil politique incontournable de la campagne présidentielle.

Joe BIDEN, son masque noir vissé sur le nez incite chaque individu à le porter, rappelant que “porter un masque n’est pas une prise de position politique, c’est une recommandation scientifique”.

A l’inverse, c’est sur ce même principe de la simple recommandation que Donald TRUMP se refuse à porter le masque, prenant à partie les journalistes qui refusent de le retirer lors des conférences de presse et moquant les démocrates masqués. M. TRUMP s’y refuse, et ce même après qu’il ait été hospitalisé lors de sa contamination à la COVID-19, lorsqu’il retire symboliquement son masque sur le balcon de la Maison Blanche au soir du 5 octobre 2020. Ce dernier déclarant lors d’une conférence de presse que “porter un masque quand j'accueille des présidents, des premiers ministres [...] ça semble bizarre”.

Guéri, Donald TRUMP retourne en meetings promettant à ses électeurs de relever les États-Unis comme il s'est relevé de la maladie.


La crise du coronavirus a en outre exacerbé les tensions entre républicains et démocrates. Fin septembre, alors que les États-Unis dépassaient la barre symbolique des 200.000 décès, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy PELOSI que l’on sait opposée à la politique du président TRUMP, déclarait “il nous faut adhérer à la science, à la science plutôt qu’à la politique”, critiquant les manœuvres électoralistes du président/candidat TRUMP.

De la même façon, le candidat BIDEN appelle à l’unité estimant qu’il est temps de mettre “de côté les disputes partisanes” et de suivre “la science”. Ce dernier ajoutant que “Donald TRUMP a échoué à protéger l'Amérique”.

Au contraire d’assumer un dysfonctionnement de la prise en charge sanitaire aux États-Unis, le président TRUMP accuse la Chine d’être responsable de la propagation du virus.

Dans son discours du 22 septembre 2020 prononcé lors de la 75e assemblée générale de l’ONU, le président états-unien prévenait “nous devons exiger de la nation qui est à l’origine de ce fléau mondial de rendre des comptes, je veux parler de la Chine”.

Dans le même temps, Donald TRUMP soulève les erreurs de l’Organisation Mondiale de la Santé dans cette pandémie, lançant le 7 juillet 2020 la procédure de sortie de l’organisation internationale après avoir annoncé le 29 mai qu’il ferait sortir les États-Unis de cette “marionnette de la Chine” et ajoutant que “la Chine a un contrôle total sur l’Organisation Mondiale de la Santé”.


Obamacare, entre limites et révolution


Mais au delà de ce bilan mortifère, c’est le système de santé états-unien qui est pointé du doigt.

Au contraire de la France, les États-Unis n’ont pas de sécurité sociale universelle. Pour être couvert, un états-unien doit souscrire une assurance maladie payante pouvant atteindre plusieurs centaines de dollars par mois.


Promesse phare du programme de Barack OBAMA en 2008, la réforme du système de la protection sociale états-unien devait permettre aux millions de citoyens non-assurés de souscrire une assurance maladie grâce à des subventions de l’État fédéral. Très disputé lors de son passage devant le congrès, le Patient Protection and Affordable Care Act, plus connu sous le nom d’Obamacare est promulgué par le président OBAMA le 23 mars 2010. Cette loi réformiste s’ajoute aux couvertures maladies fédérales déjà existante, Medicare - pour les personnes de plus de 65 ans - et Medicaid - pour les individus avec de faibles revenus - instaurées en 1965 par le président démocrate Lyndon JOHNSON dans le cadre de “la guerre contre la pauvreté”.

Si le texte en vigueur à la veille de l’arrivée de Donald TRUMP à la Maison Blanche est loin de l’idée initiale de Barack OBAMA, il a permis de diminuer de près de 10 points de pourcentage le nombre de personnes non-assurées.


En 2016, M. TRUMP a fait de la suppression de l’Obamacare un de ses chevaux de bataille, considérant que ce texte était un “désastre” trop coûteux, mais il n’a pu aller au bout de ses ambitions. En effet, les tentatives d’abrogation voulues par Donald TRUMP ont été rejetées par la Chambre des représentants puis par le Sénat.

Si l’actuel président a finalement renoncé à supprimer l’Obamacare lors de son mandat, il n’a cessé d’attaquer le texte pour tenter de le faire annuler devant les juridictions du pays.


Néanmoins, si l’Obamacare a obligé les entreprises de moins de 50 salariés à offrir une couverture maladie à ses employés et interdit aux assurances de refuser de couvrir des personnes en raison de leurs antécédents médicaux, la loi a des limites.

Effectivement, en 2019, 8% de la population n’avait pas de couverture maladie, soit plus de 26 millions d’états-uniens. De plus les frais médicaux restent aujourd’hui encore l’une des premières dépenses des ménages.


Artisan du projet initial du Patient Protection and Affordable Care Act, Joe BIDEN souhaite rétablir l’Obamacare comme il l’était lors de sa promulgation en 2010. En outre le vice-président de Barack OBAMA, appuyé par Bernie SANDERS, son rival progressiste lors des primaires démocrates, veut rendre la procédure de l’Obamacare moins complexe et étendre la couverture à plus de ménages grâce à une hausse des crédits d’impôts.


Bref,


Alors qu’un actif états-unien sur deux souscrit l’assurance maladie proposée par son employeur, la pandémie du coronavirus et la crise économique qu’elle a entraînées ont provoqué une vague importante de licenciements et multiplié le nombre de personne non-assurées. La prochaine administration, qu’elle soit républicaine ou démocrate, devra répondre aux inquiétudes des citoyens dont la santé est pour beaucoup la priorité.




La place des noirs dans la société états-unienne : une inégalité historique




L’air est glacial en cette froide journée du 6 décembre 1865 alors que les États-Unis sont en passe de connaître un tournant historique. Le congrès vient d’adopter le XIIIe amendement de la Constitution états-unienne qui abolit l’esclavage dans tout le pays. Avancée majeure vers l’égalité au sortir de la guerre civile, ce texte symbolise l’émancipation de plus de 4 millions d'esclaves de leurs chaînes.

Mais 154 ans plus tard, la situation des noirs-américains est dans l’impasse entre violences et racisme institutionnel.


Black Lives Matter, un tremblement de terre politique


Le 25 mai 2020 à Minneapolis, George FLOYD, un afro-américain de 46 ans, meurt asphyxié sous le genou d’un policier suffoquant “I can’t breathe”. La mort de George FLOYD fait suite à la mort de deux autres noirs états-uniens, Breonna TAYLOR, infirmière de 26 ans, tuée par la police dans son appartement lors d’une descente policière anti-drogue le 13 mars 2020 et Ahmaud ARBERY, assassiné par deux hommes blancs 20 jours plus tôt.


Dès le lendemain de la mort de M. FLOYD, les États-Unis s’enflamment. D’abord à Minneapolis, mais très vite de nouvelles manifestations d’hommage ont lieu aux quatre coins du pays, de Portland à Atlanta, de Los Angeles à New York. À la fin du mois de mai, la contestation a dépassé les frontières nationales et s’est étendue au Monde entier, notamment en Europe où des rassemblements se tiennent à Londres, à Paris, en Finlande ou encore en Hollande.


La multiplication des morts violentes d’afro-américains qui endeuillent les États-Unis depuis des décennies va cristalliser les colères d’une partie de la population états-unienne.

En effet, rapidement, les manifestations faisant suite à la mort de George FLOYD vont se ranger derrière le mouvement Black Lives Matter.

Ce mouvement politique est créé en 2013 par 3 activistes noires, Patrice CULLORS, Opal TOMETI et Alicia GARZA, après l’acquittement de George ZIMMERMAN, le meurtrier du jeune noir états-unien Trayvon MARTIN.

Dénonçant les violences policières contre les personnes noires et le racisme institutionnel ancré dans le pays, le mouvement Black Lives Matter va prendre de l’ampleur durant l’année 2014 où plusieurs noirs états-uniens décèdent suite à des violences policières, notamment après les morts d’Eric GARNER et de Mike BROWN durant l’été.

Le mouvement coagule les colères et revendications autour de slogans tels que “Sans Justice, pas de paix”, “Dites leurs noms” ou encore “This is a movement, not a moment”.

Un article de la revue Slate indique que selon plusieurs enquêtes, entre 15 et 25 millions d’états-uniens sont descendus dans la rues lors des manifestations Black Lives Matter, soit près de 10% de la population des États-Unis, ce qui en fait le mouvement populaire le plus suivi de l’Histoire du pays, notamment grâce à l’appui des réseaux sociaux.


Mais au-delà du décès de George FLOYD, c’est la gestion de l’enquête et son jugement qui sont critiqués, alors que les policiers concernés ne sont d’abord que suspendus. Le mouvement Black Lives Matter regrette l'impunité des policiers suite aux violences policières et dénonce “Le crime d’être noir”, rappelant les inégalités du système judiciaire états-unien vis-à-vis des minorités et notamment de la population noire.


Mouvements antiracistes, de la colère à l’embrasement


Rapidement, une partie du mouvement se radicalise face à “un dialogue de sourd avec les autorités”, provoquant une flambée des violences dans plusieurs villes. Pillages, affrontements violents avec les forces de police, allant jusqu’à l’incendie d’un commissariat à Minneapolis, cette radicalisation de la contestation oblige les gouverneurs de plus de la moitié des États fédérés à faire appel à la garde nationale. Au plus fort des manifestations, plus de 20.000 soldats de cette armée de réserve des États-Unis sont déployés pour soutenir la police. Symbole des violences, début juin, New York, la ville qui ne dort jamais est placée sous couvre-feu.


Pour mettre fin aux violences, le lundi 1er juin 2020, Donald TRUMP souhaitait décréter l’état d’insurrection et activer l’insurrection act de 1807 lui permettant de déployer l’armée des États-Unis sur son sol pour “ramener la loi et l’ordre” et “dominer les rues”, déclarant : Si une ville ou un État refuse de prendre les décisions nécessaires pour défendre la vie et les biens de ses résidents, je déploierai l’armée américaine pour régler rapidement le problème à leur place”. Réaffirmant dans ce même discours “Je suis votre président de la loi et l’ordre”.

Cet ordre a été pris la dernière fois en en mai 1992 lors des manifestations de Los Angeles qui font suite au passage à tabac par des policiers de Rodney King, un afro-américain alors âgé de 27 ans, et l’acquittement des policiers qu’ils l’ont arrêté.

Le 3 juin, Mark ESPER, le secrétaire d’État à la défense s’est dit défavorable au déploiement de l’armée active des États-Unis dans les rues.


Par dessus tout, ce qui renforce les tensions de ces manifestations, c’est leur gestion par la présidence des États-Unis. Alors que Donald TRUMP appelle au calme d’une part, il attise les tensions d’autre part, parlant de “Chaos sans loi” pour qualifier le mouvement de contestation antiraciste.


Il manque un meneur fort à la maison blanche” regrette une frange de l’électorat états-unien, rappelant la figure de George W. BUSH sur les décombres du World Trade Center le 11 septembre 2001, alors qu’aujourd’hui, le pays paraît plus divisé que jamais.


Un racisme institutionnel


Une des critiques principales qui émane du mouvement Black Lives Matter, c’est celle d’un racisme d’État qui renforce les inégalités entre les noirs états-uniens et le reste de la population. Un racisme institutionnel endémique aux États-Unis, ancré dans les rapports sociaux formés par neuf décennies de discriminations raciales héritées des lois ségrégationnistes, telles que les Jim Crow Laws de 1877. Il faut attendre les lois des Civil right act de 1964 et 1968 pour que cette discrimination légale cesse aux États-Unis.


Mais les discriminations raciales, si elles sont devenues illégales, sont pour beaucoup d’afro-américains aujourd'hui encore une réalité quotidienne.

D’après le bureau fédéral de recensement, au 1er juillet 2019, la population de noirs états-uniens était de 13,4%, soit près de 44 millions de personnes dans un pays de 328 millions d’habitants.

Cependant, en 2020, alors que 20% de la population noire vient sous le seuil de pauvreté – contre 10,5% pour la moyenne nationale – 1/3 des personnes infectées par le coronavirus sont issues de la communauté noire selon les autorités sanitaires.

Cette sur-contamination des afro-américains s’explique en partie par les professions précaires à bas-salaire et impossibles à exercer en distanciel occupées en majorité par des citoyens noirs.


En outre, en 2018, le revenu annuel médian d’un ménage afro-américain était en moyenne de 41.300 dollars selon le bureau fédéral de recensement, soit 1,7 fois moins que pour un ménage blanc. Ces faibles revenus ne permettant pas à tous les citoyens noirs de souscrire une assurance maladie et d’accéder à des soins de qualité.

Par ailleurs, la population noire est plus touchée par le chômage. En août 2019, 5,4% des actifs noirs sont au chômage, soit 2% plus que les actifs blancs. En août 2020, la crise économique causée par le coronavirus a accentué ces inégalités professionnelles, alors que 13% des actifs afro-américains se sont retrouvés sans emploi, contre 7,3% pour leurs homologues blancs.


Les discriminations raciales sont décuplées dans le milieu carcéral. Alors que 25% des détenus du monde se trouvent aux États-Unis, soit 2,2 millions de détenus en 2010, les noirs composent près d’un tiers de la population des prisons états-uniennes.

En outre, une personne noire a 1 risque sur 3 d’aller en prison au cours de sa vie, alors que ce risque tombe à 1 sur 17 pour une personne blanche.

Cette sur-représentation de la population noire en prison est due aux politiques strictes visant à lutter contre la délinquance et les trafics de drogues mises en place à la fin des années 1980 et au début des années 1990 qui vont très largement sanctionner les personnes noires les plus pauvres qui se sont tournées vers le crime organisé.


La première grande loi visant à lutter contre la criminalité est l’Anti Drug Abuse Act promulgué le 27 octobre 1986 par l’administration de Ronald REAGAN dans le contexte de “la guerre contre les drogues”, fixant des peines minimales pour la vente et la possession de drogue - “5 grammes de cocaïne = 5 ans de prison”.

La seconde loi est le Violent Crime Control and Law Enforcement Act promulgué en 1994 par le président démocrate Bill CLINTON, dont la version du Sénat a été rédigée par le sénateur Joe BIDEN.

Cette loi sur le contrôle des crimes violents et l’application de la loi vise à créer plus de 100.000 postes de policiers supplémentaires sur 6 ans, d’étendre certaines peines de prison et un investissement de 9 milliards de dollars en faveur des institutions carcérales. Cette législation est une des plus importantes lois sur la criminalité dans la Justice états-unienne.


La position de Joe BIDEN vis-à-vis des discriminations raciales a été pointée du doigt durant la campagne alors que sa proximité avec des sénateurs pro-ségrégationnistes dans les années 1970 a levé une polémique. En outre, sa participation à la rédaction Crime Bill de 1994 lui a été reprochée.

Alors que l’efficacité de cette loi sur la réduction de la criminalité est remise en question par une partie des démocrates, Bill CLINTON et Joe BIDEN reconnaissaient en 2015 la responsabilité de la loi de 1994 dans l’incarcération massive des afro-américains au cours des vingt cinq dernières années.


Bref,


Le mouvement Black Lives Matter et sa résonance politique mondiale ont mis une nouvelle fois en lumière les inégalités raciales entre noirs et blancs.

Néanmoins, en attendant une réponse politique à la hauteur, l’évolution des mentalités est en marche comme l’ont montré les cortèges jeunes et multiculturels des manifestations antiracistes ainsi que l’accession de noirs états-uniens à des postes clés du pouvoir – à l’image de Lori LIGHTFOOT, la première femme noire et homosexuelle à devenir maire de Chicago, la troisième ville des États-Unis.




Hugo Désévédavy


Partie 3 à suivre ...

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