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Fariba Adelkhah : 332 jours de trop

Dernière mise à jour : 27 sept. 2020



Il est difficile de se résoudre, en 2020, à accepter de voir se rédiger de multiples tribunes et articles défendant une liberté d’expression toujours pas acquise, si essentielle pour la condition humaine. Il est difficile de s’avouer que dans certains États, la recherche scientifique ne puisse être menée en toute liberté, que des méthodes barbares soient utilisées contre des chercheurs n’exerçant que leur travail et leur passion.


Nous sommes pourtant le 29 avril 2020, et cela fait 330 jours que Fariba Adelkhah, chercheuse irano-française au Centre de Recherches Internationales (CERI) de SciencesPo Paris, est retenue prisonnière en Iran. En Juin 2019, elle s’est fait arrêter avec un autre chercheur français du CERI, Roland Marchal. Accusés d’espionnage et de collusion en vue d’attenter à la sécurité nationale, ils ont été emprisonnés à Téhéran, dans la prison d’Evin.


Diplômée de l’IEP de Strasbourg et doctorante de l’EHESS, Fariba Adelkhah est reconnue pour son travail et l’acharnement dont elle fait preuve. Spécialiste de l’anthropologie iranienne, nombre de ses travaux ont concerné la place de la femme dans les sociétés islamiques. Selon ses collègues, ce sont ses thématiques de recherche qui ont déplu et provoqué son arrestation. « Elle a tenté de faire quelque chose de très risqué : elle a voulu parler de la société iranienne telle qu’elle est, telle qu’elle fonctionne, pas comme la veulent l’occident ou les gardiens de la révolution. Une société qui n’est mue ni par l’idéologie de la république islamique, ni par des valeurs d’une démocratie telle que les Etats-Unis l’installeraient. C'est ce qui fait qu'à l’étranger, elle était jugée pas assez critique du régime, alors qu’en Iran, elle provoquait de très fortes crispations chez les conservateurs. Son talent, sa force, et sa plus grande faiblesse en même temps, c’est d’avoir voulu rester fidèle à cette double réalité qui était la sienne, d'avoir voulu dépeindre cette société à la fois de l’intérieur et de l’extérieur, sans la juger, sans donner une direction qui serait la bonne ». Finalement, sa rigueur scientifique l’a injustement condamnée. Selon elle, la dimension scientifique de ses études prime sur toute considération politique. Son refus de défendre le régime l’a condamnée en Iran, et son refus de s’opposer au régime l’a condamnée dans le reste du monde.


Si Roland Marchal a été libéré dans le courant du mois de mars dernier, le sort de Fariba Adelkhah est bien plus indécis. Sa double nationalité franco-iranienne fait d’elle, aux yeux de Téhéran, une citoyenne iranienne. De fait, elle ne peut recevoir de visites consulaires françaises, comme le précise Roland Marchal, et accentue la difficulté des négociations menées par la diplomatie française.

Aujourd’hui, un témoignage de Fariba Adelkhah en 2009 résonne avec une pointe de consternation. Au moment de la libération de Clotilde Reiss, elle aussi accusée d’espionnage par les autorités iraniennes, Fariba Adlekhah avançait : « L’Iran ne connaît pas l’autonomie de la recherche. Le chercheur y est considéré comme un agent 007 ». Triste est de constater qu’une décennie plus tard, aucune amélioration n’est à noter.



Fariba Adelkhah n’est pas seule. Comme elle, ce sont d’autres chercheurs qui se trouvent enfermés sous les jougs de l’intolérance et ce de par le monde. En Iran, c’est avec une chercheuse australienne qu’elle fait cause commune et qu’elle a réalisé récemment durant 49 jours une grève de la faim : Kylie Moore Gilbert. Ensemble, elles lancent leur appel : « Nous lutterons au nom de tous les universitaires et chercheurs à travers l'Iran et le Moyen-Orient qui, comme nous, sont injustement les cibles d'accusations forgées de toutes pièces. »


Toute l’équipe de l’Arespublica apporte son plus profond soutien à Fariba Adelkhah. Nous sommes profondément marqués par son courage et sa ténacité, et nous nous battrons pour que ses valeurs – nos valeurs – ne soient plus jamais condamnées au pilori de l’intolérance.

« Sauvez les chercheurs, sauvons la recherche pour sauver l’histoire ! »



#FreeFariba : vidéo de soutien





Ronan Gouhenant

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