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Guerre contre le terrorisme et recours aux drones armés : Obama va-t-il trop loin ? (Aymane Fofana)

Cet article provient de l'ancien blog des étudiants en science politique, initialement publié le 5 décembre 2013.



Des révélations d’Edward Snowden parues sur Wikileaks, au sujet du programme PRISM, des critiques des deux bords sur sa politique extérieure… Le président Obama n’aura jamais eu autant de mal à avoir les faveurs des spécialistes tout comme de sa population sur ces sujets.

Il y a peu, une jeune pakistanaise de 9 ans avec sa famille évoquait devant le Congrès américain le 29 octobre dernier, la perte de sa grand-mère lors d’une frappe de drones PREDATOR dans l’est du Pakistan (Waziristan). Ce témoignage qui émut l’un des interprètes est une illustration des dommages collatéraux causés par la guerre silencieuse et parfois secrète « War on terrorism » débutée par l’administration Bush et trouvant son apogée sous l’administration Obama. Depuis 2004, plus de 300 frappes (364 selon The New America Foundation) avec entre 2830 et 3549 morts dont près de 411 victimes civiles (chiffres allant jusqu’à 890 décès de civils) au Pakistan. Ceci sans oublier les frappes au Yémen et en Somalie, autres théâtres d’opérations. On ne compte pas moins de 318 frappes de drones sous l’administration Obama contre 52 sous Bush.

Le recours systématique aux drones vient de la volonté avouée de l’Etat américain de ne plus faire de prisonniers (cf. Guantanamo et les établissements noirs dissimulés aux quatre coins du globe). Ces frappes ont grandement contribué à affaiblir Al Qaeda qui a perdu ses capacités de nuisance, notamment avec la mort de son leader charismatique Oussama ben Laden. Récemment, le chef des talibans pakistanais perdit la vie lors d’une de ces frappes. Au Yémen, les attaques de drones servent d’appui aux opérations menées par les forces yéménites.

Néanmoins, cette politique soulève de nombreux enjeux :

– Les frappes au Pakistan sont dénoncées par les autorités (alors que des accords ont été passés sous l’administration Bush) et les pertes civiles renforcent la doctrine des chefs talibans qui recrutent des hommes affrontant les soldats en Afghanistan (menaçant ainsi le processus de négociation pour le retrait des forces américaines)

– Au niveau du droit international, ces frappes se situent dans une « zone grise », à la frontière du droit international. L’ONU, au travers de son Conseil des droits de l'homme, enquête sur ces frappes notamment au Waziristan et demande des comptes aux USA. En effet, aucun texte - si ce n’est ceux relatifs au survol des territoires étrangers ou à la guerre - ne prend en compte cette nouvelle technologie. Refus systématique des USA qui opposent le caractère secret de ces opérations.

– Les opérateurs de drones ont une étiquette de geeks tueurs de civils, de planqués (ils se situent à des milliers de kilomètres du drone). D’ailleurs le taux de promotion est très faible et le recrutement est très difficile.

– Seuls moins de 2% des victimes étaient des hauts gradés dans les organisations terroristes ciblées.

Si on parle d’actes terroristes face à l’Occident, il ne faut pas écarter d’une part que ces attaques, mêmes permises par les autorités locales, sont vu comme des atteintes à la souveraineté des pays, et d’autre part que les drones sont également considérés comme du terrorisme. En effet, ces drones frappent n’importe où et n’importe quand, notre attention n’étant portée le plus souvent que sur les pertes civiles.

De plus en plus de détracteurs se font entendre pour mettre fin à la frénésie des frappes, notamment les spécialistes du renseignement, qui déplorent le manque de moyens alloués au renseignement humain, ce dernier ayant permis de mettre la main sur Oussama ben Laden. (lire One hundred victories : Special Ops and the Future of American Warfare, Linda Robison). Utilisés à des fins d’observation et conjointement aux unités des forces spéciales, les drones ont un avenir certain (on parle même de remplacer les pilotes de chasse). En revanche, la signature d’accords internationaux sur l’utilisation de ces armes s’éloigne de jour en jour. Est-il alors nécessaire de rappeler qu’il s’agit d’outils stratégiques, donnant un avantage singulier sur son adversaire ?

« Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. » Général De Gaulle


Aymane Fofana


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