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L’afflux migratoire : réalité ou non ?

Dernière mise à jour : 27 sept. 2020



Le terme « d’afflux » concernant l’immigration en France est mal choisi. Un afflux qualifierait une vague insurmontable et incontrôlable. En réalité, l’afflux migratoire, comme certains politiciens et journalistes aiment le dire, n’est en fait que très faible en propension au nombre d’habitants de l’hexagone. Ce terme vise plutôt à démontrer en quoi l’apparition nouvelle de migrants a déstabilisé les pouvoirs publics au point que ces derniers peinent à accorder toute la décence et l’humilité qui sont dues à ces personnes. Ce qu’on observe, c’est une forme de mépris et un déni très clair des droits humains envers ceux qui dès leur arrivée sont obligés de se démener pour survivre. Un exercice presque impossible qui se joue sur le plan administratif, éducatif et sur la qualité même de la vie. On observera que les conditions d’accueil en France sont à peu près les mêmes peu importe la région.


La Bretagne ne fait pas exception à l’accueil des migrants. Début août, un immeuble du quartier du Blosne au Sud de Rennes a été évacué. Obligeant une centaine de migrants a trouver refuge dans un campement dans le parc des Gayeulles (bien au fond donc peu visible du reste des gens). Durant quelques semaines, les migrants se retrouvaient sans eau, sans électricité, sans éclairage. De plus, les conditions étaient de plus en plus extrêmes, surtout au regard de la météo qui risquait de se dégrader (pluie quotidienne, température qui tombe). Des interventions par des secouristes ont eu lieu. Pour cause, de nombreuses personnes y siégeant étaient soit malades avant de venir soit le sont devenu. 201 tentes y étaient installées, 353 personnes exilées dont des enfants et des femmes enceintes. Selon le témoignage de Ronaldo, jeune albanais « de nouvelles personnes arrivent tous les jours au campement ». La non-solution proposée par la préfecture rennaise a entrainé de nombreuses manifestations dont le 28 septembre dernier, à laquelle participe l’association « Un Toit, c’est un Droit ». Cette dernière vise à faire respecter le droit au logement et ainsi exige l’ouverture d’un centre d’accueil. À un moment, on a appris qu’un petit groupe de migrants installés dans le campement avaient réussi à trouver refuge dans le gymnase de la Poterie. Mais cette intrusion considérée comme illégale a entrainé une expulsion par des policiers. Toutes les familles sont apeurées à l’idée de retourner dans le camp où l’eau se faufile dans les tentes. La mairie de Rennes avait annoncé et la préfecture prévoyait aussi de fermer le camp le plus vite possible. D’autres solutions sont à observer à Rennes. Un entrepôt de 9 000 m2, ayant à disposition de l’eau et de l’électricité, pourra accueillir des familles de migrants. Selon un soutien des migrants « ici, il y a l’eau, l’électricité et du chauffage, de quoi affronter la pluie et le froid qui vont arriver avec l’hiver ». Les associations ne cessent de faire pression sur les pouvoirs publics en vue d’ouvrir des logements décents aux migrants. La situation la plus grave reste celle du campement des Gayeulles où ils vivent en insalubrité. La préfète, Michèle Kirry, rappelle qu’uniquement les migrants ayant fait une demande d’asile pourront prétendre à des logements d’accueil dans le département. C’est la raison pour laquelle, une intervention policière controversée a eu lieu. L’objectif était de faire un recensement sur l’identité des migrants. Depuis Octobre 2019, une solution a été trouvée pour les derniers migrants restés au campement qui ont pu trouver refuge dans un entrepôt de Chantepie.


Pour quelles raisons, une province excentrée comme la Bretagne connait-elle cet afflux de migrants ? D’une part, la Bretagne ne fait pas partie des routes empruntées par les migrants. Elle n’est ni à la frontière espagnole ni italienne ni allemande. D’autant que certains migrants choisissent de se rapprocher au plus près des côtes britanniques en allant au Nord-Est essentiellement. D’autre part, la présence plus importante de migrants est dûe à la fin de la jungle de Calais. Camp le plus célèbre de France de par sa superficie mais aussi de par son nombre d’habitants (10 000 personnes). Son démembrement en 2016 a eu de nombreuses conséquences sur la gestion des migrants. L’idée principale était de les disperser dans la France entière. Bon nombre d’entre eux ont été envoyés à Paris. Créant ainsi un nouveau problème, avec la création de camp illégal dans le quartier de La Chapelle par exemple. Il a donc fallu répondre à cette crise en désengorgeant Paris de cette arrivée de migrants. Pour cela, les pouvoirs publics décidèrent de les transférer dans les grandes villes provinciales (près de Dunkerque à Grande-Synthe ou encore à Lyon dans le squat de l’ancien collège Maurice Scève de Lyon).


Lorsqu’on observe de plus près la gestion de la crise migratoire en France et les difficultés de l’administration à trouver des logements décents, on ne peut pas passer sans faire quelques critiques. D’une part, on apercevra que cette gestion française mais aussi européenne de l’accueil des migrants suscite, et cela de façon légitime, une certaine vision d’inhospitalité et de mépris envers ces migrants. D’autre part, il est possible qu’organiser l’accueil et l’intégration administrative (demande d’asile) est une tâche difficile pour les pouvoirs publics. Pour autant, l’image qui ressort de ces personnes vivant en France, est une image de détresse et de perte d’espoir. Certains ont traversé des pays entiers dans des conditions lamentables, subissant l’esclavagisme des milices et passeurs libyens, d’autres le risque de tempêtes en mer, ou encore une traversée dangereuse au sein d’une Europe divisée. Lorsqu’on apprend que la plupart de ces personnes, qui sont des réfugiés politiques pour la plupart, fuyant guerres et tortures, faisant le sacrifice de tout quitter pour vivre une vie meilleure dans des conditions humaines et dignes, se retrouvent finalement à devoir survivre dans des camps insalubres où la présence d’eau potable et de sanitaire est devenue un luxe. La mauvaise surprise est logique. Difficile de s’imaginer dans un pays réputé comme LE pays des droits de l’Homme quand l’on traite des familles de cette manière. D’autant que les images d’expulsions et de démembrements de camps ne font que renforcer ce sentiment de peur et de détresse psychologique qu’ont ces migrants. Le choc doit être terrible. Actuellement à Rennes, il semble que plus personne ne vit dans un camp. Seulement, qu’adviendra-t-il des futurs migrants qui arriveront ?


Lucien Rivière

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