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L'utilisation du roman national



Lors des campagnes présidentielles de ces dernières décennies on ressort et insiste sur l’importance du roman national. Souvent employée par les partis de droite ou populistes, l’utilisation d’une histoire nationale n’est pourtant pas prise à la légère par les politiciens. Si l’usage de l’Histoire est couramment ancré dans la politique et les gouvernements, celui du roman national est plutôt récent. Depuis la fin de l’Ancien régime et plus particulièrement du début de la IIIe République, il faut fédérer le territoire français autour d’un espace géographique, d’une langue et d’une Histoire commune, reposant ainsi sur l’Histoire des grands hommes. C’est effectivement ce qu’est le roman ou récit national : une Histoire des grandes figures françaises. On ne parle que de nos ancêtres communs à tous, comme les Gaulois, qui sont le symbole de la résistance française face aux romains, des grands rois français. Rappelons tout de même que la France comme on la considère aujourd’hui date du XXe siècle, on parlait d’un royaume franc, puis Français, mais les bornes géographiques étaient totalement différentes. Parmi tous ces grands hommes, une seule femme fait l’objet d’une adoration sans nom et cela de la part des partis de droite et de gauche : Jeanne d’Arc. Elle est considérée comme la sauveuse des français, la pucelle qui a tenu tête aux anglais. Figure masculinisée, adorée par son courage, pour sa force et son dévouement à Charles VII, au royaume de France, et par diminution à la France.

L’usage du roman national est l’Histoire d’une évolution positive de la France. Il n’est pas question de parler des passages jugés trop sombres, mais de montrer la montée en puissance de la France, de l’unifier autour d’une Histoire commune. L’usage du roman national permet aux politiciens de montrer qu’ils s’inscrivent dans un récit historique, qu’ils sont la bonne évolution de l’Histoire. L’historienne Laurence de Cock contrebalance le «bienfait » d’un tel usage d’un roman national : « Le problème, c’est que lorsque l’on mobilise l’expression récit national - ou pire encore, roman national (comme Marine Le Pen ou Valérie Pécresse) -, on envisage son propre rapport au pouvoir. Il y a l’idée que la marche de l’histoire repose sur des actions des plus grands et des plus grandes. C’est donc un récit du pouvoir personnel. Se réclamer du récit national, c’est donc dire que le prochain ou la prochaine, c’est moi. ». Les politiciens veulent s’inscrire dans cette histoire nationale, en agissant pour la France et en laissant leur marque ils en feront partie, le but étant de passer à la postérité. L’utilisation d’un tel récit minimise l’importance de la micro-histoire qui relativise l’acte d’un seul homme pendant un événement et cherche à mettre en lumière d’autres perspectives de l’Histoire. Mais l’enseignement était jusqu’aux années 80 basé ou inspiré des manuels d’Ernest Lavisse qui inculquaient une Histoire basée sur le roman national. L’utilisation des politiques de ce roman ne fait donc que renforcer un type d’Histoire enseigné aux plus vieilles générations et qui est toujours très présent dans la culture populaire - comme le Puy du Fou, Astérix et Obélix, les films et séries - qui ne cherche pas à modifier une gloire passée.


Le roman national est majoritairement utilisé par les partis de droite ou d’extrême droite pour vanter la gloire d’une France passée et souhaiter son retour. Certaines parties sont même déformées, notamment par Eric Zemmour, qui tourne certains événements historiques et fait des interprétations abusives pour les accorder à ses pensées politiques. La grande connaissance des politiciens et politiciennes peut donner à croire que leurs interprétations sont sans équivoque, or nous pouvons voir deux interprétations pour un seul et même évènement - pour la Révolution française ou la résistance par exemple. Cet usage vise à faire ressortir auprès des partisans une forte puissance mobilisatrice, surtout lors des campagnes électorales ou ce sentiment d’appartenance à une nation est important pour fédérer et inciter au vote. On a tendance à laisser de côté dans ces périodes les passages douloureux de l’Histoire, trop dangereux car susceptibles de remplacer la fierté par la honte. Ces passages sont généralement remis sur la table par la population, lors de manifestations ou d’événements tragiques. La reprise politique est pourtant systématique et se trouve entre minimisation et affirmation d’un passé douloureux.


Andruch Léa



Tableau : Lionel Royer, Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César, 1899, Huile sur toile, 321 cm x 482 cm, musée Crozatier





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