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La libération de la chercheuse Fariba Adelkhah, une surprise de la diplomatie iranienne




« Désormais, tout cela est derrière moi, ce qui reste, ce sont tous ces gestes d’amitié et d’engagement, ces mobilisations de connus et d’inconnus » déclare à l’AFP la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah à son arrivée en France le 18 Octobre dernier, après plus de quatre ans de captivité en Iran.  Ce retour en France d’une femme accusée par le régime des Mollahs « d’action contre la sécurité nationale » et « de propagande contre le système » est tout autant surprenant lorsqu’au même moment d’autres personnes étrangères sont arrêtées et incarcérées pour le même genre d’accusations.  Quatre français sont encore dans cette situation. Utilisés presque comme des otages, ces citoyens, souvent occidentaux, servent de monnaie d’échange et de levier géopolitique. 


Le sort de Fariba Adelkhah ne tient qu’aux décisions politiques du gouvernement iranien et du Guide Suprême, l’Ayatollah Khamenei, donc hors de tout cadre juridique. Faudrait-il s'attendre à autre chose qu’à ce traitement dans une dictature qui s’éloigne de l’Etat de droit, qui méprise les libertés publiques et qui discrimine les femmes ? L’anthropologue, spécialiste de l’Iran post- révolutionnaire, a été condamnée à cinq ans d’emprisonnement. Mais elle a été libérée temporairement en Octobre 2020 avant d’être de nouveau mise sous les verrous en Janvier 2022. Jusqu’à être placée en résidence surveillée à partir de février 2023 avec interdiction de quitter le pays. Son compagnon a été libéré en mars 2020 à l’occasion d’un échange avec l’ingénieur iranien, retenu par la France, Jalal Rohollahnejad, dont les Etats-Unis réclamaient l’extradition pour violation des sanctions américaines contre l’Iran. Le principe de justice ou de vérité n’ayant rien à voir avec ces inculpations, le régime iranien ne fait qu’agir diplomatiquement alors que les occidentaux mènent contre lui une guerre économique. C’est ce qui s’appelle la diplomatie des otages. Oui, d’autres pays d’Europe en ont fait les frais comme le Royaume-Uni qui a dû leur rembourser, en 2022, une vieille dette de 470 millions d’euros, pour libérer l’Irano-Britannique Nazanin Zaghari-Ratcliffe, arrêtée en 2016 et condamnée à six ans de prison pour « sédition ».  En Mai dernier, le travailleur humanitaire belge Olivier Vandecasteele poursuivi pour « espionnage » a pu retourner dans son pays. Mais le prix à payer pour la Belgique a été  de remettre à l’Iran le diplomate Assadolah Assadi. Celui-ci avait été arrêté en 2022 et condamné à vingt ans de prison pour avoir organisé en 2018 un projet d’attentat ciblant un meeting d’opposants iraniens à Villepinte en France. 


Cette libération pourrait faire jurisprudence et inciter les autorités iraniennes à poursuivre ce chantage. L’expulsion vers l’Iran du diplomate-terroriste a d’ailleurs fait l’objet d’une très lourde controverse entre l’opposition iranienne en exil et la famille de l’humanitaire belge. Les premiers s’inquiétaient d’un encouragement à l’intention des terroristes à commettre d’autres attentats impunément alors que les seconds préféraient un « coupable en liberté à un innocent torturé en prison ». Ce type d’échange rappelle le cas de la basketteuse américaine, double médaillée d’or olympique Brittney Griner, arrêtée à l’aéroport de Moscou le 17 février 2022, une semaine avant le début de l’offensive russe en Ukraine, pour possession et trafic de drogue. Condamnée à neuf ans de prison et incarcérée dans une colonie pénitentiaire de Mordovie, dans le centre de la Russie, elle a été libérée le 8 Décembre 2022. Mais libérée en échange de Viktor Bout, un trafiquant d’armes russe surnommé le marchand de la Mort. Dans le cadre du soutien américain à l’Ukraine, devoir remettre un criminel russe à Moscou, s’avère être un échec plus qu’une victoire diplomatique. 


Mais ce n’est pas le cas de la libération de Fariba Adelkhah qui elle n’a fait l’objet d’aucune contrepartie, du moins officiellement, et sans que les autorités iraniennes ne donnent d’explications. On peut se laisser à quelques supputations qui ont trait au contexte israélo palestinien. On sait que l’Iran, qui finance le groupe terroriste palestinien Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007, ne veut pas s’impliquer dans un conflit armé, et nie toute participation dans l’attaque du 7 Octobre contre Israël. Cette attaque a fait 1400 morts et entraîné la prise en otage de 239 personnes dont des dizaines d’étrangers ou de binationaux dont quelques français. Depuis le 7 Octobre, 5 otages ont été libérés dont 2 citoyennes américaines. L’Iran venait de se rapprocher au mois de mars dernier de l’Arabie Saoudite, et d’intégrer avec elle l’organisation des BRICS+. Les Iraniens auraient ainsi voulu faire une fleur aux Occidentaux. Les tractations diplomatiques ne faiblissent pas entre l’Iran et les autres acteurs de ce conflit. Et rien ne doit être laissé au hasard. Surtout quand il reste, selon la Ministre française des Affaires Étrangères Catherine Colonna, encore 35 ressortissants d’une douzaine d’Etats membres de l’Union Européenne dont quatre français détenus en Iran. Après Fariba Adelkhah, les espoirs de libération se tournent dorénavant vers Louis Arnaud, un touriste français arrêté en Septembre 2022, vers Cécile Kolher et Jacques Paris, syndicalistes, poursuivis pour « espionnage » depuis Mai 2022 et vers un quatrième dont l’identité n’a pas été révélée. Gageons que le sort de l’anthropologue franco-iranienne leur sera réservé. 


Par Noé Pastout-Clouzeau

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