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Le 20e congrès du Parti Communiste Chinois : la consolidation du pouvoir de Xi Jinping

Dernière mise à jour : 25 oct. 2022




La semaine commence avec un évènement extrêmement important et attendu en Chine : dimanche 16 octobre, sur la place Tiananmen à Pékin, s’est ouvert le 20ème congrès du parti communiste chinois. Ce congrès, qui intervient tous les cinq ans, va durer en tout une semaine. Il sert à désigner les cadres du parti, qui dirigeront la Chine durant les cinq prochaines années. Le plus haut d’entre eux sera incontestablement Xi Jinping, qui s’apprête à consolider sa place de dirigeant le plus puissant de Chine depuis Mao Zedong, notamment grâce à son troisième mandat. Il a en effet fait sauter la limite des deux mandats en 2018, en modifiant la Constitution du pays. Il peut donc théoriquement rester président à vie.


À ses côtés, une hiérarchie sera élue : 2300 délégués éliront le comité central du parti communiste. Ce comité élira à son tour le bureau politique, composé de 25 membres. Enfin, ces élus choisiront le puissant comité permanent, sept hommes qui dirigent le pays et le parti. On repassera pour la parité : jusqu’ici, jamais une femme n’y a siégé. Un rappel de l’orientation archaïque et patriarcal du régime autoritaire chinois.


S’agissant de la partialité de ces délégués, dans la Chine de Xi Jinping, qui a considérablement centralisé le pouvoir politique, l’organisation de ce congrès et ses aboutissants sont prévus bien à l’avance. Comme l’explique Jérôme Doyon, maître de conférences à l'université d’Édimbourg, les délégués ne font que valider les nominations proposées par le parti. On empêche également ces derniers de débattre, ils sont en réalité extrêmement surveillés puisque leur discours doit rester fidèle au parti, qui doit apparaître comme uni et fort.


Le déroulé de ce congrès est très secret : des déclarations seront faites, notamment à la fin de la semaine, qui nous permettront de connaître les membres élus et les grands objectifs du parti pour les cinq ans à venir, mais il s’opère avant tout en huit clos dans le grand Palais du peuple. Tout Pékin est sous contrôle, avec des gardiens et des volontaires qui patrouillent vêtus de rouge : rien ne doit entacher l’ordre et le déroulé de cette « grande messe du parti », comme l’appellent certains médias.


Quelques mots désormais sur le discours d’ouverture prononcé par Xi Jinping, le président de tout, à la fois secrétaire du parti, président de la République, président de la commission militaire, leader central et, peut-être bientôt, guide du peuple. Hier, pendant près de deux heures, l’empereur rouge a glorifié les actions et répressions menées jusqu’alors par le parti. Il a défendu sa politique de sécurité vis à vis de Taïwan, voulant aller vers la réunification, et n’excluant pas un recours à la force militaire pour y parvenir. S’agissant du fort ralentissement économique que le pays connaît, avec des taux de croissance qui n’ont jamais été aussi bas depuis les années 90, notamment à cause de la politique 0 covid et de la crise de l’immobilier, Xi Jinping n’a pas indiqué vouloir changer les mécanismes du marché. Assez curieux d’ailleurs pour un pays ayant l’ambition de devenir la première puissance mondiale dès 2049.


Certains spécialistes du pays défendent alors l’idée que la toute-puissance de Xi Jinping serait à relativiser. Alain Wang par exemple, sinologue invité par Franceinfo dimanche soir, coauteur du livre « Dossier chinois, portrait d’un pays au bord de l’abîme », expliquait que certains anciens dirigeants conseillaient fortement au leader chinois de retourner à une tendance réformatrice à la Deng Xiaoping. Pour assurer le rayonnement économique du pays, il doit notamment relever les secteurs de la technologie et des finances, et éviter ce grand bond en arrière en matière de libertés économiques que semble reproduire le pays.


À l’aube du troisième mandat de Xi Jinping, peu de changements majeurs sont ainsi à pressentir. Précisons assez tristement qu’aucun mot n’a été dit sur les Ouïgours, et très peu concernant la lutte contre le réchauffement climatique, à l’exception de l’évocation d’un charbon propre, presque impossible à mettre en place dans le pays selon Alain Wang.


Flora Gendrault

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