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Le festival Woodstock : à l’apogée de la contre-culture

Dernière mise à jour : 27 sept. 2020



« 3 jours de paix et de musique » était inscrit sur les affiches du festival Woodstock se déroulant l’été 1969. Ce qui devait être un simple festival de musique aux capacités d’accueil d’environ 50 000 personnes se retrouve alors envahi par 500 000 américains. S’érigeant en véritable symbole de la contre-culture, Woodstock a nourri les imaginaires pendant des décennies après lui. Bien plus qu’un événement culturel, il est le reflet d’une jeunesse en quête de sens et de liberté au sein d’une époque morcelée par les problématiques raciales et la guerre froide. Ainsi, Woodstock est un point charnière entre l’esprit de révolte des sixties et l’arrivée d’une nouvelle décennie, marquée par les désillusions de l’enlisement au Vietnam et la fin des utopies du « flower power ».


Les années 1960 dans le monde et plus particulièrement aux Etats-Unis vont être marquées par la folie consumériste de l’« American way of life » ainsi que par un accès élargi pour la jeunesse à l’enseignement supérieur. Ces deux phénomènes entraînent au sein des classes aisées et moyennes un processus d’autonomisation de la jeunesse vis-à-vis des hiérarchies familiales. Cela va avoir pour conséquence, l’émergence d’une culture dont le porte-étendard sera le « rock and roll ». Reflet des bouleversements sociaux et culturels, le rock apparaît dans les années 1950 comme une musique tout à fait novatrice empruntant ses sonorités au blues afro-américain. Ce nouveau genre musical va s’inscrire dans la décennie suivante, comme le marqueur d’une jeunesse révoltée au sein d’une Amérique encore très conservatrice. C’est un groupe social à part entière qui va alors prendre conscience de son nombre et de sa force, notamment en se fréquentant dans de nombreux concerts et fêtes « rock ». La jeunesse commence à rêver de son émancipation face à une tutelle familiale encore très prégnante et autoritaire. En définitive, le rock des sixties se caractérise par son énergie, son caractère provoquant et sans aucun doute, sa dimension politique.


Avec le développement de la culture rock c’est un nouveau vocabulaire qui s’affirme, dans les universités ou au sein d’évènements culturels la société de consommation est fustigée, on entend parler de révolution, on soutient le « Black Power », on brûle les soutiens-gorges, et on crie « paix au Vietnam ». Les jeunes blancs de la classe moyenne s’octroient alors une place au sein d’un espace politique qui les a toujours marginalisés, une vraie révolution des mœurs se produit. On y revendique et organise des actions de désobéissances civiles et parfois même des actions plus radicales. Des collectifs étudiants se développent au sein des campus américains comme par exemple le « Student for a democratic society » qui, tout en développant des réflexions sur la démocratie participative va affirmer l’importance primordiale que doivent occuper les libertés individuelles trop souvent oubliées des dirigeants. De nombreux étudiants vont soutenir les mouvements des droits civiques, d’autres encore vont s’opposer à l’impérialisme de leurs pays. Dès lors, c’est le socle même des valeurs traditionnelles américaines qui est remise en cause, la culture rock accompagne alors l’émergence d’une véritable contre-culture, qui va englober des formes diverses et variées de contestations.


L’un des courants les plus iconiques de la contre-culture est le mouvement hippie, ce dernier prône un changement de vie radicale face à l’aliénation consumériste et s’oppose aux valeurs conservatrices des sociétés occidentales. Le « flower power » est un mouvement assez singulier puisque, tout en étant en opposition radicale à la société américaine il refuse de la combattre, le pacifisme est préféré à la violence et la fuite du système est vue comme forme de protestation politique. L’essor des communautés hippies s’inscrit dans cette vision, notamment à San Francisco qui va être le lieu incarnant le mieux cette esprit de révolte avec le « Summer of Love » de 1967. C’est dans le quartier de Haight-Hasbury, que vont se produire gratuitement de nombreuses figures musicales du mouvement « peace and love » telle que Janis Joplin, les Jefferson Airplane ou encore les Grateful Dead. De nombreux jeunes traversent alors le pays pour rejoindre San Francisco afin de fuir et contester les codes d’une Amérique dont ils ne désirent plus faire partie.


Le « Summer of Love » devient alors la preuve qu’un autre monde est possible, un monde de paix et de musique qui ne cesse d’attirer de plus en plus de monde. Bien plus que des revendications politiques c’est tout un univers artistique qui se développe avec l’esthétique du psychédélisme et les rituels au LSD qui amène à la recherche d’une nouvelle spiritualité. Les hippies deviennent un phénomène culturel et médiatique majeur des années 1960, ce qui va permettre la diffusion de leurs idées et de leurs combats.


La jeunesse issue du « flower power » éprouve systématiquement de la méfiance vis-à-vis de l’engagement militant, ce qui va d’ailleurs les distinguer des autres mouvements de la nouvelle gauche américaine des années 1960 tel que les « Black Panthers ». Cependant, le mode de vie prétendument apolitique des hippies vient tout de même briser les carcans d’une Amérique profondément ancrées dans des valeurs judéo-chrétiennes. La liberté totale de l’individu est consacrée et l’institution du mariage est rejetée. La jeunesse hippie se réapproprie son corps, sa sexualité et va permettre l’émergence de mouvements féministes ainsi que LGBT+.


C’est dans ce contexte qu’en août 1969, le festival de musique Woodstock va incarner l’apogée de la contre-culture des sixties. Des figures du rock psychédélique tels que : Jimi Hendrix, Janis Joplin, Joe Cocker, Canned Heat et tant d’autres vont se retrouver face à 500 000 spectateurs. Dans des conditions météorologiques parfois exécrables, le festival va pourtant entrer dans les mémoires comme une parenthèse au sein d’une Amérique encore déchirée par les questions raciales et la guerre du Vietnam. De la guitare endiablée du jeune Carlos Santana figure du rock latino-américain, à l’improvisation du titre « Freedom» de Richie Havens qui deviendra l’hymne du festival, Woodstock va devenir une véritable initiation à la liberté. Ce jour-là on dira même qu’une nation vient de naître, celle de la marge, de l’underground, qui pendant quelques jours va connaitre son apogée. S’il est un exemple du rôle politique que la musique occupe, Woodstock en est certainement la plus belle illustration. Finalement, si le festival n’a été qu’une parenthèse à l’aube d’une décennie qui va être marquée par des désillusions, on n’oubliera pas que pendant un temps Woodstock a permis aux bruits des guitares de faire taire tous les bourreaux et les maîtres.


Eliot Martin

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