Le plaisir sexuel sous toutes ses formes - interview (Hannah L., Justine C., Léa L.)

Dans la continuité de notre article paru dans L’Arespublica, nous avons demandé à une troisième sexologue, Astrid de Plinval, de répondre à quelques questions supplémentaires. Voici ses réponses !



Pensez-vous qu’aujourd’hui, les nouvelles générations réinventent le sexe et la notion de désir ? Est-ce finalement un phénomène générationnel, ou bien vivons-nous un tournant dans la conception de la vie intime et sexuelle ?


Je ne sais pas si les nouvelles générations réinventent le sexe, mais je crois qu’elles ont de grandes attentes à l’égard de la sexualité. On n’a jamais autant parlé de sexualité, et pourtant, je constate dans mon cabinet que les repères des jeunes n’ont jamais été aussi flous. Le « jouissez sans entrave » de la révolution sexuelle est devenu parfois une injonction à l’orgasme : il FAUT, on DOIT jouir ! Loin de moi l’idée de dire que le plaisir n’est pas important dans la vie sexuelle, bien au contraire ! Toutefois, trop souvent, il n’est plus seulement le fruit d’une relation sexuelle de qualité, mais devient une énorme source de pression pour le couple, car il est le but absolu à atteindre. Si l’orgasme est là, tout va bien, s’il n’est pas au RDV, pour une raison X ou Y, ça devient compliqué…

Je pense que les jeunes pressentent à quel point la vie intime et sexuelle est quelque chose qui peut les épanouir en profondeur et qu’ils sont souvent à la recherche de ce qui leur permettra de vivre cet épanouissement.


Pensez-vous que l’éducation sexuelle délivrée par les établissements publics est limitée ?


De nombreux établissements scolaires proposent des choses très bien aujourd’hui ! De plus en plus, on est passé d’une éducation sexuelle faite par la peur (peur de la grossesse, peur des MST, peur du viol…) à une éducation faite par la découverte de la beauté de la sexualité (beauté de la physiologie du corps de l’homme et de la femme, beauté des émotions et sensations vécues, etc…) : et je trouve cela super ! On ne peut plus réduire l’éducation sexuelle à quelque chose de technique ou de mécanique, ça ne leur suffit plus, les jeunes ont soif de sens !

La notion de consentement me parait capitale, mais elle implique une autre question : de quoi ai-je vraiment envie ? Et parfois, il n’est pas facile d’y répondre. Sans compter que le porno est largement venu brouiller cette notion de contentement et polluer les imaginaires érotiques... Pour ma part, j’aime parler de respect : respect de soi d’abord (qui peut passer par la découverte de la merveille qu’est mon corps, par l’apprentissage d’une juste estime de soi…), respect de l’autre ensuite (ne pas l’utiliser pour mon propre plaisir, mais être dans une vraie relation).


Pourquoi beaucoup de femmes disent atteindre très rarement l’orgasme lors d’un rapport?


L’orgasme masculin et l’orgasme féminin sont assez différents, même s’ils ont des points communs. Chez l’homme, il sera associé à l’éjaculation et donc quasi systématique. Il sera dit « localisé », et dure entre 3 et 10 secondes.

Chez la femme, l’orgasme est parfois plus difficile à atteindre, mais il dure une vingtaine de secondes et est beaucoup plus « généralisé », dans tout le corps. Il va engager plus particulièrement le cerveau limbique (cerveau émotionnel). Cela explique par exemple, l’importance pour la femme, du climat qui règne dans le couple avant une relation sexuelle.

De plus, je constate que souvent les femmes connaissent très mal leur corps, leur anatomie, leur physiologie. Le fait que leurs organes sexuels soient internes doit certainement participer à cette méconnaissance. Plus on grandit dans la connaissance de soi, plus on apprend à découvrir ce que l’on veut, à être attentif à ce dont on a envie et plus on peut s’ouvrir à l’autre et le guider. Dans le couple en général comme dans la sexualité, il est illusoire de penser que l’autre peut deviner nos souhaits, nos désirs et nos attentes. De temps en temps ça peut marcher, mais rarement longtemps.


Quelles sont les positions sexuelles propices à l’orgasme féminin et masculin?


A chacun de découvrir ! Faire l’amour ne requiert pas d’abord une bonne technique, mais plutôt une bonne qualité de relation à l’autre pour pouvoir explorer ensemble le champ des possibles et s’adapter aux ressentis de chacun. Certaines positions plaisent énormément à certains et pas du tout à d’autres, et les goûts évoluent au cours de la vie. Donc pas de recette toute faite, mais plutôt une attention à soi et à l’autre.


Comment favoriser une communication claire dans un rapport sexuel pour favoriser au mieux le plaisir des participants?


La communication est à travailler en amont de la rencontre sexuelle. Plus on apprend à se parler avec franchise et douceur au quotidien, plus ce sera facile dans l’intimité. J’aime bien rappeler aux couples que je rencontre, que l’humour peut être un outil très précieux : il permet de sourire de ce qui nous semble moins réussi ou plus difficile dans notre sexualité, levant ainsi une angoisse de performance encore trop présente pour bon nombre de couples et créant une vraie complicité là où on aurait pu voir un échec. Attention cependant à ne jamais confondre humour avec ironie ou moquerie ! L’humour implique une vraie bienveillance mutuelle qui permet à chacun d’accepter ses propres limites et celles de l’autre.


Les études psychologiques conseillent fortement le rapport sexuel de pleine conscience, pourquoi? Et comment vivre pleinement et à l’instant présent un rapport sexuel ?


Très bonne question ! Plutôt que pleine conscience, je parle souvent «d’habiter son corps», d’être pleinement « ici et maintenant » avec moi-même d’abord, et avec l’autre bien sûr.

Pour cela, il peut être intéressant d’apprendre à prêter de plus en plus attention à ce qui se passe dans mon corps (qu’est-ce que je ressens sur ma peau ? Sur mon dos, sur mon ventre? dans mon ventre...), et ensuite, savourer les sensations que je découvre. Ce sont nos cinq sens qui sont sollicités lors d’une relation sexuelle, et bien souvent nous passons à côté de beaucoup de choses parce qu’on n’est pas vraiment là, parce qu’on est dans l’anticipation (de l’excitation suffisante pour…, de l’orgasme que je recherche, du plaisir qu’il faut que je lui donne, etc…).


Quel regard portez-vous sur la période actuelle? Gestes barrières, distanciation sociale, infection du Covid… cela a-t-il des conséquences sur la vie sexuelle des Français ?


Le propre de la sexualité humaine est de nous mettre en relation, donc forcément, la distanciation sociale, les gestes barrières, le stress d’être contaminés par l’autre, sont des facteurs qui peuvent logiquement altérer le désir sexuel. Ce dernier est aussi influencé par notre quotidien : si l’ambiance est morose, angoissante, incertaine, la libido peut être en berne. Pour d’autres, le sexe jouera un rôle de réconfort, surtout si le couple est vu comme une valeur refuge.

Enfin, la promiscuité induite par le télétravail ou les cours à distance, ainsi que la disponibilité parfois immédiate et constante du partenaire sont parfois source de tensions ou tout au moins peuvent être un frein à la vie sexuelle. Pour désirer, il faut qu’il y ait un manque. Cependant, encore une fois, pas de généralité, car le fait d’être beaucoup plus souvent à deux à cause du confinement ou du couvre-feu (ou grâce à !), peut aider à remettre le couple au centre de nos (pré)occupations. Certains ont même retrouvé de la fantaisie en adaptant leur vie sexuelle à ce nouveau rythme !


Astrid de Plainval, sexologue sur Sautron (44), https://www.astriddeplinval.fr/


Hannah Leruste

Justine Coatmellec

Léa Lecourt


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