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Les figures féminines au sein de la littérature

Dernière mise à jour : 11 oct. 2022

L’émancipation progressive de la figure féminine démontre les revendications implicites des autrices, longtemps contraintes par l’autorité des mœurs sociales.




Ces figures féminines s’inscrivent dans les courants littéraires se succédant, c’est pourquoi cette approche doit suivre une logique chronologique. La création de salons littéraires engendre un premier contact avec la littérature où les femmes sont amenées à discuter d’actualité, de philosophie mais encore et surtout, de littérature. La création de ces salons, dès le début du XVIIème, entraîne la naissance du courant de la Préciosité, ayant comme thème central, sans grand étonnement, l’amour. Les dangers de la passion amoureuse sont retranscrits au sein de ces œuvres. Lors de ces « salons de conversation », parmi les hommes et femmes lettrés de haut rang, se trouve Madame de la Fayette.

Dans son roman La princesse de Clèves publié en 1678, elle élabore un des premiers romans d’analyse psychologique ayant pour héroïne le « modèle le plus achevé de la pudeur discrète et réfléchie ». Mariée au prince de Clèves, la jeune fille se retrouve face à un dilemme cornélien, devant choisir entre les pouvoirs de la passion amoureuse incarnés par le duc de Nemours, en d’autres termes, succomber à l’adultère, ou se tourner vers le poids de la morale qu’incarne le regard de la société. Elle choisira bien évidemment la dernière option. En effet, les héroïnes des romans du XVIIème vont constamment agir à des fins mo- ralisatrices. Par conséquent, au lieu de finir heureuse, elle choi- sira la solitude austère en se retirant chez les religieuses afin de suivre les leçons morales de sa mère, honteuse d’avoir succombé aux charmes du duc. La raison doit toujours vaincre le coeur pour faire triompher la vertu. Ces romans ont donc une portée morale généralisatrice, en insistant sur la vertu des héroïnes, lesquelles doivent être un réel modèle pour les jeunes filles.

Il existe cependant des figures féminines dominantes, utilisant les contraintes de leur société comme de véritables armes. Dans le célèbre roman Les Liaisons Dangereuses, Pierre Choderlos de Laclos élabore le portrait de Madame de Merteuil. Son rôle au sein du célèbre roman épistolaire peut être résumé par une de ses phrases : « Née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre ». Les contraintes sociétales, alors perçues comme des poids, vont être   par l'héroïne à des fins personnelles, et ce par son intelligence et ses stratagèmes. L’héroïne va ainsi utiliser les personnages comme des marionnettes et se mettre à la place de l'écrivain en décidant des actions des personnages. Au contraire des hommes, impunis par le regard de la société s’ils sont li- bertins, Madame de Merteuil doit utiliser des talents de comédienne hors pair afin ne pas se faire démasquer, montrant là aussi un traitement inégal des sexes. Laclos ne cherchait pas à prôner le libertinage, mais la création d’un personnage féminin libertin qui prend les traits de l’écrivain manipulant l’histoire est une révolution. Cela peut expliquer l’accueil mitigé voir extrêmement critiqué de ce roman épistolaire.

Cette émancipation progressive de l’héroïne, largement critiquée par ses contemporains, sous-entend un questionnement implicite concernant la femme au sein de la société. Le fait de prendre pour personnage principal une femme permet d’ap- puyer son point de vue et ses questionnements. Au début du XIXème siècle, Jane Austen met à l’honneur un panel d’héroïnes et va esquisser des personnages féminins forts. Par une écriture moderne et un humour satirique concernant la société géorgienne, elle va mettre en lumière le point de vue féminin concernant la nécessité de faire un bon mariage. Le personnage d'Élisabeth Bennet dans Orgueil et Préjugés va ainsi se révolter contre la nécessité de se marier et pose la question de l'égalité des genres. Sa cadette ira même jusqu'à refuser des demandes de mariage. On s’éloigne donc drastiquement des héroïnes issues du courant de la Préciosité. Ces héroïnes de roman restent des modèles et s’adressent implicitement aux lecteurs. Elles sont de véritables instruments et contribuent à l’émancipation de la femme en incitant les lecteurs à la réflexion. Le XIXème siècle marque un important questionnement s’affirmant par une réflexion existentialiste. L'héroïne Katherine, dans le roman Nuit et Jour de Virginia Woolf, subit sa place et ses devoirs au sein de la classe bourgeoise, s’évadant dans ses pensées afin de ne pas accepter sa condition. En parallèle, le personnage Mary Datchet se confronte au système patriarcal en pratiquant le métier de journaliste, malgré les nombreux préjugés pesant sur le statut de la femme qui travaille. Les héroïnes se questionnent, veulent changer leurs conditions de vie. On retrouve un fort désir de liberté, dépeignant les convictions des autrices d’affirmer la place de la femme, égale à l’homme.

En effet, les travaux des femmes de lettres ont été sous-estimés, voire critiqués. Certaines autrices seront donc contraintes de publier anonymement (Jane Austen, Madame de la Fayette) ou emprunteront des noms masculins (Les soeurs Brontë, George Sand...).

Au XIXème siècle apparaît le mouvement des « bas-bleus », une appellation concernant les femmes de salons littéraires. Cependant, ce terme prend vite une signification péjorative, ayant la définition suivante dans le dictionnaire Larousse : « Femme d’une pédanterie ridicule, qui a des prétentions littéraires ». Il sera utilisé par les auteurs dénonçant la présence des femmes dans la littérature. Le fait d’avoir délaissé et méprisé les femmes de lettres conduit encore aujourd’hui à un débat sur la dénomination des « écrivaines » : doit-on dire auteure et autrice ? Le mot « autrice » avait été refusé par l’académie française au XVIIIème siècle. Aurore Evain, dramaturge et metteuse en scène française, démontre que l’utilisation du mot « auteure » ne fait pas de distinction avec son masculin. D’autre part, le mot d’autrice dérange et au XXème siècle, l’Académie française ne l’a toujours pas reconnu, le considérant comme étant un néologisme. Cette guerre contre le mot autrice s’expliquerait, d’après Evain, par le fait qu’une femme puisse interpréter les paroles de l’homme mais ne peut avoir autorité sur une parole qui lui est propre, et donc être autrice.



Délia Guyot


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