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Les métaux rares : tensions géopolitiques et impact environnemental

En 2019, Donald Trump interdit l’accès du géant chinois Huawei aux marchés américains des télécoms. Xi Jinping, en réponse, se rendit sur le site de JL Mage Rare- Earth, un producteur de terres rares, une démarche signifiant qu’en cas de tensions commerciales, la Chine pourrait atteindre les États-Unis dans leur dépendance à ce type de matières.



Qu’appelle-t-on les « métaux rares » ? Les métaux rares sont : « le pétrole du XXIe siècle ». C’est ce que Guillaume Pitron (Lauréat du prix du Livre d’Économie 2018) souhaite nous éclairer dans son livre « La Guerre de métaux rares ».

À travers l’histoire, l’humanité a continuellement découvert de nouvelles matières premières. Ces découvertes se sont accompagnées d’évolutions technologiques et ont conduit à de nouvelles explorations, et in fine à la création d’empires et de conflits meurtriers.

Ferions-nous face dans un futur proche à de nouvelles guerres au vu de notre nouvelle dépendance grandissante aux métaux rares ? Ces derniers que les États s’arrachent et que l’on ne sait prononcer : Niobium, Tungstène, Gadolinium, Thulium, Terres rares et bien d’autres sont des ressources limitées dans la nature. Ils sont essentiels au développement économique puisque nécessaires au fonctionnement de nos énergies dites « vertes » (voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires). De par leurs propriétés magnétiques, ils permettent de générer du mouvement sans combustion, donc sans aucun gaz à effet de serre, et génèrent ainsi une électricité « propre ».



Mais le sont-ils vraiment ? À ce propos, Bernard Multon, enseignant-chercheur à l'École normale supérieure de Rennes, nous explique que :

« La ressource – le soleil et le vent – est renouvelable. Mais maintenant, il faut la transformer, et pour ça, il faut entre autres des métaux ».


En effet, les métaux rares sont indispensables à la fabrication des énergies « propres », mais les conditions d’extraction de ces métaux sont tout sauf propres : rejet de métaux lourds, pluies acides et eaux contaminées. Véritable catastrophe environnementale quand on sait que les ressources des sous-sols sont finies et qu’elles ne vont sûrement pas répondre ad vitam aeternam à nos besoins toujours croissants ! La pollution est finalement juste « délocalisée », non plus émise dans les métropoles mais dans les zones minières où sont extraits les minerais. Ces activités humaines transforment les environs des mines en véritables « villages du cancer », des Tchernobyl de l’ère post-moderne. Dans son livre, Guillaume Pitron rappelle ainsi la déception quant au recyclage, le rêve de l’économie circulaire restant à ce jour encore loin d’être atteint.



Cependant, l’importance des métaux rares engage une géopolitique du recyclage. L’Occident, ne voulant pas assumer les contraintes liées à ces métaux, a transféré leur production et la pollution qui lui est associée vers des pays pauvres, moins scrupuleux sur les questions environnementales (Chine, Afrique subsaharienne, Moyen-Orient). Ces derniers, accusés régulièrement de ne pas mener des politiques écologiques, subissent et subiront dans cet exemple bien précis les retombées désastreuses pour l’Environnement d’un processus généré et instigué par l’Occident.

Par ailleurs, une experte chinoise confiera que « le peuple chinois a sacrifié son environnement pour nourrir la planète entière avec des terres rares ». La Chine, souhaitant retrouver son prestige d’antan, s’est empressée de mettre la main sur ce marché prometteur. Aujourd’hui, elle contrôle jusqu’à 95% de la production mondiale de terres rares lorsque les pays de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) ne contrôlent « que » 41% de la production mondiale de l’or noir. Détenant cette nouvelle arme géopolitique, elle a pu déstabiliser les marchés économiques en décrétant des embargos.

En outre, l’auteur souligne le partage impétueux des océans et des mers dans la quête d’hydrocarbures. Les derniers sanctuaires miniers, dont la fin est proche, tels que l’Arctique ou l‘Espace (B. Obama a légalisé l'exploitation privée de ressources de l’espace en 2015) sont aujourd’hui voués à devenir des théâtres de guerre pour ces ressources.





Ainsi, Guillaume Pitron dresse une analyse de la géopolitique des métaux rares à l’aune de l’avenir « vert » et « verdoyant » des sociétés tel qu’il est annoncé par les principales puissances occidentales. La Chine est en position hégémonique mais il est toujours possible que d’autres pays se lancent dans leurs propres productions concurrentes. Or, le processus nécessite un lourd tribut écologique, peu compatible avec la lutte contre le réchauffement climatique et la pollution des sols. Cet ouvrage passionnant permet de comprendre la révolution géopolitique qui accompagne une transition numérique et écologique contrastée.




Vincent Lansiaux


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