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Municipales 2020

Dernière mise à jour : 27 sept. 2020



Fortement critiquées, puis finalement en partie repoussées, ces élections municipales auront forcément une saveur particulière. Le premier tour qui s'est tenu le 15 mars dernier s'est fait dans des circonstances particulières, dans un climat d’incertitude qui a poussé beaucoup de gens à rester chez eux. En temps normal, ces élections sont pourtant particulièrement plébiscitées par les Français. Après les Présidentielles, les Municipales assurent en effet le taux de participation le plus élevé. Un lien de proximité bien plus fort se noue souvent entre les élus locaux et leurs administrés.


Les règles des élections sont assez simples, elles combinent les règles du scrutin majoritaire à deux tours et celles du scrutin proportionnel. Le candidat recueillant la majorité absolue des suffrages exprimés (avec plus d'un quart des voix des électeurs inscrits ) est élu d'office, dans le cas contraire un second tour doit être organisé avec les candidats ayant dépassé 10% des suffrages. Le nombre de conseillers municipaux accordé à chaque liste sera ainsi proportionnel aux résultats obtenus par chaque candidat au second tour (ou au premier tour en cas de majorité absolue).


Les maires seront élus pour six ans, les différentes forces politiques s'attachent de ce fait à remporter le meilleur résultat possible afin de bénéficier d'un ancrage local en vue des présidentielles.


En plus du rôle important de l'élu, il ne faut pas éluder le fait que les maires sont les principaux pourvoyeurs du Sénat. Les 348 sénateurs sont élus au suffrage universel indirect par les grands électeurs composés en bonne partie de conseilleurs municipaux. Le scrutin est donc doublement important.


Faisons d'abord un bref état des lieux des principales forces politiques en présence le 15 Mars dernier.


Le Parti Socialiste et Les Républicains, bien que traversant une période difficile pouvant conduire à envisager leur disparition, avaient de grandes ambitions pour ces élections. Les municipales ne sont pas des élections pensées uniquement nationalement. L'ancrage local est primordial et la prime est souvent donnée aux maires sortants, les électeurs ne votent pas pour une couleur politique mais en fonction de ce qui a été fait ou non au sein de leur municipalité. Ainsi comme la majeure partie des villes sont sous la direction de partis traditionnels, le PS et LR appréhendaient plutôt avec confiance les scrutins à venir. Surtout au vu des différents sondages ayant été réalisés.


Le PS misait ainsi principalement sur le fait de conserver ses quatre plus grandes mairies : Lille, Rennes, Nantes et évidemment Paris. Les maires sortants ont tous décidé de se représenter, et les sondages (au moins pour Paris et Lille) leur donnaient un sérieux avantage sur leurs concurrents.


Ces villes sont détenues depuis plusieurs décennies par le parti, depuis 2001 pour Paris, 1989 pour Nantes, 1977 pour Rennes et même 1955 pour Lille.

La capitale étant l'enjeu majeur de l'élection, quiconque remporte la municipalité remporte au moins symboliquement le scrutin au niveau national. Et à ce jeu-là, Anne Hidalgo semblait bien parti pour conserver son siège, cavalant en tête dans la plupart des enquêtes d'opinion.


Le PS espérait ainsi stopper le délitement du parti avec ces élections, et engranger un regain de force pour se rebâtir.


Les Républicains se trouvaient dans une situation relativement semblable. Le parti divisé et sans leadership fort se fait grignoter depuis les présidentielles et de façon accélérée depuis les Européennes. La droite libérale se tournant vers La République En Marche tandis que la droite souverainiste bifurquait vers le Rassemblement National. Les élections municipales étaient dans ce sens le moyen de se différencier et de mettre en avant leur expérience dans la gestion des collectivités locales. Les Républicains s'affichaient donc clairement dans un esprit conquérant pour ces élections. Ils comptaient en premier lieu conserver leurs grandes villes que ce soit Marseille, Bordeaux ou encore Nice. Certains maires de droite jugés « macron-compatibles » ne vont même pas subir les foudres de leur proximité avec la majorité présidentielle, Christian Jacob adoptera une ligne assez souple ce qui créera des situations où un candidat LR sera soutenu par LREM (par exemple avec Jean-Luc Moudenc à Toulouse ou Christian Estrosi à Nice). La victoire sera privilégiée à la clarification idéologique.


La République En Marche abordait bien plus mal ces élections. Malgré sa victoire aux présidentielles et son plutôt bon score aux Européennes, en tant que nouveau parti, il bénéficiait d'un ancrage local quasiment nul. La prime revenant souvent aux forces traditionnelles il lui était difficile de faire la différence. En plus de cela de nombreux choix assez désastreux avaient été faits dans de nombreuses villes. Deux candidats LREM à la métropole de Lyon, deux ministres affichant leur envie commune de se présenter à Biarritz (avant qu'ils soient tous deux rejetés), et enfin et la plus importante, l'imbroglio parisien. La bataille pour remporter l’investiture LREM à Paris aura fait des ravages dans le camp des marcheurs. Affichant clairement leurs divisions, le choix de Benjamin Griveaux sera jugé à l'aune des liens d'amitié qui l'unissaient aux membres de la commission d'investiture. Après sa défaite, Cédric Villani décidera malgré tout de se présenter en candidat indépendant et ralliera nombre de marcheurs à sa cause. La ville qui semblait pourtant acquise à La République En Marche sera le symbole des divisions qui émailleront cette campagne.


De nombreuses fausses notes ne cesseront d'alimenter le feuilleton médiatique jusqu'à la fameuse « affaire Griveaux », histoire sordide qui se soldera pas le remplacement du candidat par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Un choix qui fera polémique en pleine crise du coronavirus.


Les élections se présentaient donc bien mal pour le parti présidentiel, ce qui se ressentait dans les différentes enquêtes d'opinion.


En parallèle, une vague verte espérait bien se déverser sur la France. EELV fort de ses 13% aux élections européennes, comptait bien marquer l'essai et assurer une OPA sur la gauche. Les sondages leur prédisaient d'ailleurs de belles surprises. A Bordeaux ou Lyon ils faisaient même figure de potentiels gagnants. Multipliant les meetings dans de nombreuses villes, les têtes d'affiche du parti n'ont pas ménagé leurs efforts dans ces élections. Pourtant, une fois n'est pas coutume, eux aussi ont commis leur lot d'erreurs durant cette campagne. A Montpellier, et alors que les sondages donnaient leur candidate Clothilde Ollier grande gagnante, le bureau national du parti décida de lui retirer l'investiture la trouvant trop proche de la gauche radicale. Mais malgré tout, elle continua à faire campagne coûte que coûte et ce sont donc deux candidats « écologistes » qui se présentèrent, parasitant leur espoir de conquête. A Marseille également, le parti choisira de couper les ponts avec le mouvement de réunion de la gauche « le Printemps marseillais », espérant agglomérer les différentes forces politiques autour de son seul nom. Malheureusement pour eux, les sondages sanctionneront plutôt cette décision. EELV a dans cette campagne clairement décidé d'assurer un rôle central, refusant de ce fait les nombreuses propositions d'alliances d'autres forces de gauche dans certaines villes.


Pour les écologistes, les municipales sont une étape pour 2022, ils sont dans un esprit de conquête en vue des futures échéances. Portés par leurs bons scores on ne peut pourtant s’empêcher d'y voir le même cheminement qu'en 2014 et surtout en 2009. Les Municipales s'inscrivent dans la dynamique de leur réussite aux Européennes, mais la suite sera plus compliquée pour eux.


Le Rassemblement National comptait également bien s'inviter dans ces élections. Les Municipales de 2014 avaient été un moment important pour le parti qui avait décidé de prouver qu'il était capable de remporter et diriger des municipalités. Ainsi il avait pu conquérir de nombreuses villes de tailles moyennes dont la plus importante Béziers fut remportée par Robert Ménard (allié du parti).


Le parti qui se présente comme premier opposant souffre pourtant de son manque d'ancrage et de ses scores plus que moyen dans les grandes villes. Cherchant à profiter de possibles triangulaires le Rassemblement National mènera campagne aux quatre coins de la France, organisant de nombreux meetings. En plus de conserver ses mairies, le parti avait en ligne de mire de cette campagne la seule commune de plus de 100 000 habitants où il avait de réelles chances de gagner : Perpignan, où candidatait Louis Alliot, une des figures de l'organisation qui cavalait en tête dans les sondages


La France Insoumise a choisi une stratégie tout autre pour ces élections. Marqué par son score plus que modeste aux Européennes, elle savait pertinemment que les municipales n'étaient pas un scrutin qui leur réussit en temps normal. Le mouvement a été construit dans une optique présidentielle et n'a jamais vraiment concrétisé une véritable stratégie issue des localités. De ce fait il décidera de ne présenter aucun candidat issu officiellement de la France Insoumise, privilégiant les alliances et initiatives citoyennes. Ainsi à Rennes la candidate provenait du mouvement, mais à Marseille par exemple il soutenait une réunion de forces de gauche, à Bordeaux une initiative citoyenne derrière Philippe Poutou etc...


En pleine bataille sur la réforme des retraites, les figures de LFI décidèrent de délaisser en partie l'élection, les meetings qui eurent lieu pendant la campagne avaient plus pour thématique leur opposition à la réforme. Leurs ambitions étaient donc assez limitées pour cette échéance, le but véritable du mouvement restant l'élection présidentielle.


Les autres partis se présentaient dans un nombre bien plus faible de municipalités avec des stratégies d'alliance au cas par cas. Il est peut-être notable, d'évoquer quand même le cas du Parti Communiste qui tentait de préserver ses derniers bastions menacés (dont le nombre se réduit à chaque élection), comme dans la fameuse « banlieue rouge » parisienne . Le PC devait fatalement privilégier les alliances avec d'autres forces de gauche, principalement avec le PS auquel il est lié dans de nombreuses villes (Paris, Rennes...). Le Havre était particulièrement suivi avec un candidat communiste qui risquait d'affronter le Premier ministre Édouard Philippe.


Le déroulement des élections


La question de maintenir ou non ce scrutin du 15 mars aura fait l'objet de multiples controverses alors que l'Italie commençait à subir de plein fouet le Coronavirus et qu'en France les cas se multipliaient. Nombreux furent ceux qui demandèrent l'annulation pure et simple de l'élection, estimant qu'elle devait être reportée à une date ultérieure. Emmanuel Macron, qui dira avoir consulté l'ensemble des forces politiques, finira par décider de maintenir le premier tour de l'élection le 15 mars. Pourtant la quasi-totalité des chefs de partis qui ont rencontré le chef de l’État pour s'informer sur le sujet quelques jours plus tôt, affirmeront n'avoir absolument pas été consulté. Pire, dans un reportage « d'Envoyé Spécial » du 23 avril, beaucoup estimeront avoir été bernés, justifiant leur position sur le maintien de l'élection par le fait qu'on leur avait caché à quel point la situation était catastrophique.


On dira par la suite que cette décision avait été prise sous la contrainte de membres de la droite que ce soit Gérard Larcher président du Sénat ou François Baroin président de « l'Association des Maires de France ». Malgré tout c'est Emmanuel Macron, en pleine connaissance de cause de la situation que rencontraient la France et les autres pays, qui décida de conserver cette date fatidique. Une décision qui entraîna de nombreux appels au boycott des élections, d'autant plus que la veille du scrutin, le gouvernement avait choisit de fermer tous les lieux de rassemblements (que ce soient bars, restaurants...) pour une durée indéterminée. Mais la majorité assurera que toutes les mesures d’hygiène ont été prévues.

Les Français seront pourtant nombreux à ne pas se déplacer, la participation s’élèvera à 44,64 %, un score en chute de 20 points par rapport au dernier scrutin organisé en 2014.


Une abstention record qui montera à plus de 80% dans certaines communes. Un problème démocratique se posait donc dans les cas où le maire était élu au premier tour sur une base électorale minime. Au vu des premiers résultats, le manque de participation chez les classes populaires et les plus jeunes sera une des composantes majeures des élections.


Les résultats du premier tour


Du fait du grand nombre de communes en France, beaucoup de petites villes ne disposaient pas de plus d'une liste en compétition. Dès le soir du 15 mars, sur près de 35 000 communes, plus de 31 000 avaient donc déjà rempli leur Conseil municipal. Mais pour les villes un peu plus importantes, un second tour était nécessaire. Certaines grandes municipalités comptabilisaient de ce fait plus de trois voire quatre candidats dépassant la barre des dix pourcents.


Malgré cette abstention que retenir de ces premiers résultats ?


Les partis traditionnels sont comme prévus les grands vainqueurs de ces élections.

Le PS réussit à arriver haut la main dans ses quatre grandes villes principales (dont 29% à Paris) et à obtenir des scores plus que confortables dans de nombreuses autres villes comme Dijon ou Le Mans. Le second tour lui offrirait donc de belles perspectives si l'on s'intéresse également aux scores des écologistes qui pourraient s'allier avec leurs candidats.


Les Républicains eurent également de quoi se réjouir, réussissant à conserver nombre de leurs villes au premier tour (Troyes, Meaux, Toulon, Reims...) et virant souvent en tête pour le second tour que ce soit légèrement à Bordeaux ou de façon bien plus flagrante à Nice ou à Toulouse.


LR s’apprêtait donc à conserver voire étendre son ancrage local, le parti était un des grands vainqueurs de l'élection.


Une victoire en demie-teinte attendait au contraire les écologistes. EELV obtint de bons résultats mais ceux-ci étaient souvent en deçà de ce que promettaient les sondages au parti. On peut quand même noter la belle avance des candidats écologistes à Lyon (à la ville et à la métropole) arrivés largement premiers, tout comme à Strasbourg ou Besançon. A Grenoble le score du maire EELV Eric Piolle devrait lui assurer une victoire assez large au second tour, celui-ci étant soutenu par de nombreuses autres forces de gauche comme la France Insoumise. Les écologistes disposent également de bonnes chances pour le second tour dans certaines villes comme Bordeaux, leur candidat Pierre Hurnic étant arrivé deuxième derrière son concurrent LR.


Pourtant dans la plupart des autres grandes municipalités ils firent bien moins que prévu, comme à Paris où ils arrivèrent à peine à 10% alors qu'on leur prévoyait quatre points de plus. A Montpellier, Nîmes, ou encore Marseille, l'aventure a tourné court avec une élimination dès le premier tour pourtant ces villes leur avaient donné des résultats bien plus élevés aux Européennes.


En plus de nombreux imbroglios pendant la campagne, EELV souffrira également du fait que la jeunesse s'est assez peu déplacée.


Le Rassemblement National fut crédité de résultats assez décevants. Si il renforça son ancrage dans les villes qu'il détenait déjà, en obtenant une réélection dès le premier tour que ce soit à Fréjus, Beaucaire, Hénin-Beaumont ou encore chez son allié Robert Ménard à Béziers, ses scores dans les autres municipalités furent bien moindres que prévu. Le parti divisera souvent son score par deux dans de nombreuses grandes villes comme à Rennes où le candidat n'obtint même pas le score nécessaire pour se faire rembourser ses frais de campagne (4% contre plus de 8 en 2014) ou à Paris qui ne crédita leur allié Serge Federbusch que d'un seul pourcent. Plus globalement, même les villes de tailles moyennes en ligne de mire du RN leur firent défaut. On peut y voir l'abstention plus forte chez les classes populaires ou les jeunes qui constituent une part importante de leur électorat. A noter quand même l'avance considérable de Louis Alliot à Perpignan dépassant de près de vingt points son concurrent LR.



Les ambitions de la France Insoumise étaient bien moins grandes. Mais en ce sens, comme EELV ou le RN, le mouvement a été l'une des forces politiques à subir le plus l'abstention. Lui aussi faisait généralement des bons scores chez les jeunes ou les classes moyennes inférieures. Sa campagne fantomatique au niveau national n'a pas non plus servi ses intérêts. Finalement le mouvement obtint des scores assez modestes dans les grandes villes, tournant souvent autour des 10%, certains de leurs candidats ratèrent donc le passage au second tour pour seulement un ou deux pourcents.


A Marseille, la liste d'Union de la Gauche soutenue par LFI réussira à arriver première devant la liste des républicains, et le tonitruant Philippe Poutou gagna également de peu son ticket pour le second tour avec le soutien du mouvement.


Mais dans ces élections le plus grand perdant est comme prévu le parti présidentiel. La République En Marche s'est littéralement effondrée dans ces Municipales. Dans la plupart des grandes villes LREM n'atteindra même pas le trio de tête. Chez les membres du gouvernement se présentant en tête de liste le résultat est plutôt positif, Gérald Darmanin est réélu maire de Tourcoing et Franck Riester maire de Coulommiers, seul bémol, Édouard Philippe ne réitéra pas sa victoire au premier tour au Havre comme en 2014, il devra affronter le candidat communiste au second tour.


Mais dans le reste de la France, les résultats sont catastrophiques. A Marseille LREM dépasse à peine les 7%, à Montpellier 6%, même dans une ville traditionnellement de droite comme Bordeaux le candidat de La République En Marche fait à peine mieux que Philippe Poutou avec seulement 13%. Même à Paris, où le parti avait dépassé les 32% aux Européennes en arrivant largement premier, Agnès Buzyn n'arrive que troisième avec 17%.

Un échec pour la majorité qui marque son absence totale d'ancrage local.


Pourtant toutes ces dispositions pourraient bien devenir caduques. Quelques jours après le premier tour des élections, Emmanuel Macron décidera que le second tour ne peut décemment pas se tenir dans des conditions normales deux semaines plus tard, et le reportera à une date indéterminée.


La crise du coronavirus finira par imposer au gouvernement de décréter un confinement total et de supprimer les rassemblements de quelques sortes qu'ils soient.


Mais alors quid des Municipales ?


Ces élections ont été plus que contestées, beaucoup estimeront qu'un scrutin autant boycotté par la population ne devrait pas être pris en compte au vu du manque de représentativité des résultats.


La colère gronde également du côté de ceux qui ont organisé le premier tour, par exemple à Saint-Ouen où un tiers des assesseurs ont déclaré des symptômes évocateurs du coronavirus.

Bien pire, les élus de Saint-Brice-Courcelles (Marne), Beurey-Bauguay (Côte-d’Or) et de Saint-Nabor (Bas-Rhin) en sont morts, ils avaient été présents dans les bureaux de vote de leur commune le jour des élections. La question du remplacement de tous les nouveaux maires décédés des suites du virus pendant l'épidémie devra également se poser.

L'opinion publique critiquera sévèrement le choix qui a été fait de maintenir les élections estimant qu'elles ont été un facteur de propagation du virus.


Pour le moment, seules les mairies gagnées dès le premier tour devraient être assurées de voir les résultats pris en compte. La situation compliquée du coronavirus a dû pourtant conduire au report des conseils municipaux d'installation des nouveaux maires.


L'abstention entraînée par la crise est problématique dans de nombreuses communes où seule une minorité de gens sont allés voter. Des maires ont donc été élus sans forcément entraîner l'adhésion de leur population.


Mais que faire des résultats du premier tour pour les autres municipalités ? Le gouvernement plancherait sur plusieurs solutions, une date de second tour en octobre, voire même en 2021 ce qui décalerait complètement le calendrier électoral.


Dans ce cas que faire de résultats qui auraient plusieurs mois d'ancienneté ? Est-toujours démocratique de se baser sur des estimations qui n'auront peut-être plus lieu d'être lors du second tour ?

Certains juristes iront jusqu'à évoquer la possible inconstitutionnalité de ce processus. Pour Jean-Philippe Derosier, professeur de droit public à l’université de Lille, « l’article L56 du Code électoral dispose que le second tour du scrutin électoral a lieu le dimanche suivant le premier tour ».


Selon lui si on continue dans la logique de reporter simplement le second tour « cela revient à faire deux élections au lieu d’une […] la déconnexion risque de fausser la sincérité du scrutin. Or, il s’agit là d’un principe constitutionnel. Donc, le report du second tour acté par l’exécutif viole la Constitution. »


L'opinion de millions de Français pourrait ainsi être différente du choix qu'ils ont fait plusieurs mois plus tôt.

Les deux tours des élections devront-ils être renouvelés pour les communes où les maires n'ont pas été élu au premier tour ? Ou le gouvernement décidera-t-il simplement de repousser la date du second tour ?

Cette deuxième proposition risquerait d’entraîner une forte crise de la représentativité des élus locaux.


La situation est inédite et quel que soit le choix de l'exécutif, nul doute qu'il risquera de rebattre les cartes du jeu politique. La conjoncture des élections qui pourraient avoir lieu dans plusieurs mois ne sera pas forcément celle du 15 mars. Les rapports de force entre les différents partis politiques pourraient bien avoir évolué d'ici là.

Comme on le voit aujourd'hui, les maires sont en première ligne pour gérer l'épidémie, leur rôle est donc vital et il faudra forcément trouver rapidement une échappatoire à cette situation intenable dans les semaines qui viendront.


Ewen Bazin

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