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Patriarcat : Une oppression depuis l’âge de pierre ?


Dès tout petits, on nous apprend les origines de l’humanité. « L’homme des cavernes », « l’homme de Cro-Magnon », dans le langage courant, nous évoquent des images d’hommes en peau de bête taillant le silex, faisant la chasse au mammouth ou découvrant le feu. Des visions confortées par des dizaines de films, séries ou bandes dessinées, mais aussi par des ouvrages historiques et archéologiques. Et les femmes dans tout ça ?


Il y a quelques mois, comme la plupart d’entre vous probablement, je ne m’étais jamais posé la question. Heureusement, depuis la fin du XXe siècle, des chercheuses et des chercheurs s’y intéressent de près. Et depuis quelque temps, cela touche aussi le grand public. La préhistorienne Marylène Patou-Mathis, dans son ouvrage L’homme préhistorique était aussi une femme, explique qu’il y a une totale invisibilisation des femmes, et quand on parle d’elles c’est sur leur incapacité. De même, Pascal Picq dans Et l’évolution créa la femme, retrace cette histoire de l’Histoire et comment elle est écrite par des hommes.


Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’à la naissance de l’étude préhistorique, au milieu du XIXe siècle, il n’y avait aucune femme. Ces chercheurs ont transposé les préjugés genrés de leur époque sur leurs recherches sans en trouver (ni en chercher) la preuve. Jamais il ne leur est venu à l’esprit que des femmes puissent avoir peint la grotte de Lascaux ou appris à faire du feu. C’est ainsi qu’on se retrouva, et pour des siècles, avec l’image d’une « femme des cavernes » d’intérieur, s’occupant des enfants, de la cueillette et de la préparation des repas. Cela participe à un véritable phénomène d’animalisation des femmes, souvent réduites à leur capacité reproductrice. Dans l’imaginaire social, il y a cette idée tenace de la femme proche de la nature, douce et docile, et donc inférieure. Plus qu’une division, il y a l’idée d’une hiérarchisation des tâches, dont les plus « féminines » restent connotées négativement. Pourtant, assez tôt des penseurs dénonceront « la femme qui n’a pas évolué », tels que Marx, Engels ou Darwin, en faisant remarquer que celle-ci était toujours oubliée de l’Histoire.


Cependant, difficile de dire que les choses aient beaucoup changé après cela. Les études historiques « féministes » sont relativement récentes et chaque période de l’Histoire est surtout racontée d’un point de vue masculin. Non seulement cela participe à la diffusion des préjugés sexistes mais en plus cela déforme les faits. Quelle Histoire conte-t-on s’il en manque la moitié ? C’est pourquoi les études historiques féministes sont si importantes : en se penchant sur l’Histoire de la femme, on réhabilite la mémoire de l’humanité toute entière.

Pour cela, la science est très utile, les progrès techniques permettent de faire des études plus poussées, notamment sur les sites archéologiques. Par exemple, au regard des squelettes retrouvés, on sait maintenant qu’il n’y avait aucune preuve de faiblesse physique des femmes préhistoriques : au contraire, ils prouvent leur robustesse. Leur musculature démontre qu’elles chassaient probablement autant que les hommes et qu’elles taillaient aussi des outils. D’autant plus que la chasse était loin d’être la principale source de subsistance de ces individus, en réalité la cueillette représentait les deux tiers de leur nourriture. Il y avait effectivement une division des tâches mais aucune hiérarchie.


Concrètement, cela signifie que le patriarcat que nous connaissons aujourd’hui est très récent à l’échelle de l’humanité : il remonterait à 2000 ou 3000 ans. Dire qu’il trouve ses sources dans la nature est donc erroné : il serait plutôt arrivé au moment du basculement des sociétés de prédatrices à productrices. Avec ce changement apparaissent les castes, une hiérarchisation des individus et de nouvelles formes de coercition. Cette domination masculine s’enracine avec une domination matérielle. Cette coercition a aussi à voir avec la capacité reproductrice de la femme : tantôt c’est sa force, tantôt sa faiblesse. Pour chacune des espèces, l’enjeu de la procréation est considérable et l’humain ne fait pas exception. Avec la hiérarchisation des sociétés, l’idée de la filiation va prendre de l’ampleur : on veut savoir qui descend de qui et les femmes vont en être les premières victimes. En contrôlant le corps, les choix et l’existence des femmes, on contrôle leur capacité reproductrice et donc leur descendance : un système coercitif va se mettre en place.


Les régions qui semblent les plus coercitives sont celles où nous avons le plus de données, c'est-à-dire l’Eurasie. Mais il est vraiment intéressant de noter qu’il y a encore énormément de découvertes à faire, et d’autres recherches ont encore beaucoup à nous apprendre. Ce que les chercheurs et chercheuses mettent en avant c’est qu’il n’y a aucune fatalité à notre système actuel. Après tout, des espèces assez proches de nous, notamment chez les singes, changent très vite leur mode de fonctionnement. Certains d’entre eux ont d’ailleurs des systèmes pacifiés entre les sexes, comme les bonobos. Si les singes sont capables de vivre en harmonie, pourquoi pas nous ?


En tous cas, vous saurez quoi répondre à la prochaine remarque sexiste que vous entendrez (mais ne perdez pas trop votre temps, après tout même les hommes préhistoriques étaient plus ouverts d’esprit).


Si le sujet vous intéresse, parce qu’il y a beaucoup à dire et que cet article n’est qu’un condensé :

  • Livre : L’homme préhistorique était aussi une femme, Marylène Patou Mathis

  • Livre : Et l’évolution créa la femme, Pascal Picq

  • Podcast : « Au commencement était aussi la femme ! », L’heure Bleu sur France inter



Morgan Lairy


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