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Présidentielle 2022 : des initiatives pour parler politique aux jeunes

Dernière mise à jour : 15 mars 2022

En juin 2021, 82 % des électeurs de moins de 35 ans ont déserté les urnes lors des élections départementales et régionales. En 2015, ils étaient 70 %. En réaction à cette abstention et à l’aube de l’élection présidentielle, de nombreuses initiatives ne cessent d’émerger. Dans la perspective de vulgariser et d’expliquer la politique aux jeunes, ces outils peuvent-ils être une réponse à l’abstention ? Tour d’horizon.





Vulgariser la politique ? C’est possible. Pour cela, rendez-vous sur Twitch et cap sur la chaîne de Jean Massiet. En investissant la plateforme en 2015, l’ancien collaborateur ministériel devient le premier à vulgariser et rendre accessible la politique française à un public jeune et éloigné. Tous les jeudis soirs, entouré de sa bande de chroniqueurs et en présence d’un invité politique, il anime Backseat, un talkshow d’actualité politique. Sans se prendre au sérieux et avec une excellente mécanique, l’émission parvient à décortiquer l’actualité de la semaine. « On roule pour personne. On n’est pas là pour faire de la propagande. J’essaie juste d’expliquer un truc qui a l’air compliqué », rapporte Léa Chamboncel, chroniqueuse dans l’émission. L’équipe, qui espère la venue de l’ensemble des candidats sur son plateau, reçoit de nombreux messages de la part de jeunes saluant l’initiative. Vulgariser la politique, c’est également l’ambition de la papesse de la télé-réalité, Magali Berdah. Elle aussi se lance dans la course à l’élection présidentielle, pas en tant que candidate mais sur Youtube. Son concept ? Passer 24 heures avec un candidat. De meetings en déplacements, la reine de l’influence part à la rencontre des aspirants au Palais de l’Elysée. En totale immersion et loin de ses placements de produits habituels, Magali Berdah questionne les équipes de campagne, les militants et les candidats sur leurs propositions. Pour sa première vidéo, elle part en vadrouille avec Eric Zemmour. 500 000 vues. Même si la communauté de Magali Berdah est relativement jeune et pas toujours en âge de voter, il semble y avoir chez elle l’envie de réconcilier les jeunes avec la politique. Si le mot est fort, il n’en demeure pas moins impossible.

Déconstruire un maximum de biais en politique et promouvoir la nuance ? C’est l’enjeu de la chaîne Youtube apartisane de vulgarisation en science politique, Morgane OBN. Créée en novembre 2021, Morgane Oddo-Bonnet propose à sa communauté des clés en main pour voter en toute connaissance de cause. Dans ses vidéos, l’étudiante en droit s’appuie sur des travaux de chercheurs en science politique pour parler de l’abstention ou des bulles de filtre. Son objectif ? « Donner les clés aux gens sans faire le travail à leur place ». Mais son contenu n’est pas uniquement vulgarisateur, il est également motivationnel. Sur sa chaîne, Morgane Oddo-Bonnet incite à l’engagement et à l’action politique. Elle planche déjà sur plusieurs vidéos, notamment une qui permettra aux abonnés d’analyser les programmes des candidats. L’ambition de cette jeune youtubeuse ne s’arrête pas à l’élection présidentielle : elle veut montrer qu’il est possible de vulgariser des connaissances académiques tout en proposant un contenu objectif et motivationnel.

Appréhender les programmes des candidats ? Pour cela, rendez-vous sur le compte Tiktok de Leactu. Elle cumule 125 000 abonnées et parle présidentielle. En novembre 2021, elle lance une série de courtes vidéos. En 49 secondes, la jeune tiktokeuse dépeint la France si Eric Zemmour atteint le perron de l’Elysée. 2 millions de vues. Rompue à l’exercice, elle renouvelle le défi avec le programme de la candidate du Rassemblement National. 1 million de vues. Synthétique et efficace, son contenu permet de se plonger concrètement dans les propositions des candidats. Et si vous préférez passer vos insomnies sur les applications de rencontre, téléchargez Elyze, le Tinder politique. La perle rare s’y trouve peut-être. Créée par François Mari, Wallerand Moullé-Berteaux et Gaspard Guermonprez, l’outil veut réconcilier les jeunes abstentionnistes. Entourés d’une trentaine de bénévoles-contributeurs, ils développent en deux mois l’application. Sortie le 2 janvier 2022, Elyze permet de découvrir et de comparer les programmes de chaque candidat sans les servir. Aujourd’hui, Elyze cumule plus de 2 millions de téléchargements et se met à jour régulièrement en ajoutant les candidats déclarés et les propositions. « L’idée est de parler aux jeunes avec un format innovant et de faire en sorte que la jeunesse puisse s'intéresser aux programmes des candidats », explique Loup Laurent, contributeur. Du côté de la classe politique, l’initiative est relativement saluée. Nicolas Dupont-Aignant en fait même la promotion sur sa chaîne Youtube. « L'ensemble des équipes de campagne ont pris connaissance de notre application », souligne l’étudiant en science politique. Les témoignages des jeunes utilisateurs sont également nombreux. Après l’élection, il est possible qu’Elyze soit remplacée par de nouvelles applications en vue d’autres scrutins. Toutefois, il reste difficile de savoir si le nombre de téléchargements se transformera en bulletins dans l’urne en avril prochain.

Ce qu’il faut retenir de cette multiplication des initiatives, c’est qu’elles permettent de vulgariser la politique et de donner des clés de compréhension à un public jeune sur des plateformes dont ils maîtrisent les codes. « Le but est d’investir les réseaux sociaux et ne pas les laisser au divertissement », précise Morgane Oddo-Bonnet. Ces initiatives peuvent également avoir un effet incitatif. Toutefois, il est difficile de prédire si celles-ci permettront de lutter contre l’abstention des jeunes. Pour Léa Chamboncel, qui publiera en mars prochain son premier ouvrage Plus de femmes en politique !, il y a les outils mais aussi la responsabilité des candidats. « Il est nécessaire de réfléchir à une nouvelle offre politique qui incarne davantage la vision de la politique qu’ont les jeunes aujourd'hui ».

Finalement, les jeunes ne semblent pas aussi désintéressés de la politique qu’on aime le laisser penser. La participation politique ne peut se résumer à un bulletin déposé dans une urne un lendemain de « bamboche ». « Notre génération est intéressée par la politique. Cela se voit, par exemple, dans les débats et lors de manifestations » estime Loup Laurent. Selon Léa Chamboncel, « Il y a un comportement politique de la part de la nouvelle génération qui est beaucoup plus engagé que celui de leurs ainés. »



Timothée Debrard


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