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République de Moldavie : comment empêcher un naufrage programmé ? - Partie 1 (Vlad Duica)

Cadre historique, situation politico-sociale contemporaine et perspectives d’avenir


Le 15 novembre 2020, le second tour des élections présidentielles moldaves a amené à la présidence la candidate pro-européenne Maïa Sandu. Elle a obtenu 57,72% des voix, face au candidat « socialiste » pro-russe Igor Dodon. En réalité, cette victoire des forces pro-européennes n’a fait qu’ouvrir la porte à une nouvelle période d’incertitudes et d’instabilité, puisque les pro-russes détiennent encore la majorité parlementaire, contrôlent les principales institutions de l’état moldave et jusqu’en décembre 2020, le gouvernement (toujours intérimaire depuis), bloquant ainsi toute politique. Maïa Sandu a enfin annoncé le 21 avril 2021 la dissolution du Parlement, et des élections anticipées pour le 11 juillet.


Mais cette situation de chaos ne doit pas être vue ou comprise comme une anomalie inattendue, ni un dysfonctionnement du système politique, mais précisément comme voulue et pensée à l’avance. La Moldavie a été spécialement créée par les Soviétiques pour cela. Pour comprendre ce paradoxe, il faut regarder l’histoire de la République de Moldavie. Nous allons donc remonter dans le temps.


Il s’agira alors de voir dans une première partie l’histoire de ce territoire, et les tumultes qu’il a traversé depuis que la Russie y a jeté son regard. Ensuite, dans une seconde partie, nous allons regarder la situation actuelle, sur le plan politique mais aussi économique et social. Nous allons aussi faire une parenthèse sur l’identité moldave. Enfin, dans la troisième et dernière partie nous allons essayer de réfléchir à l’avenir de ce territoire, à travers plusieurs scénarios.



Partie I : Le nécessaire rappel de l’Histoire pour comprendre le présent


Lorsque les Français, ou généralement les Occidentaux, se réfèrent à la Moldavie, ils parlent d’ « ancienne république soviétique ». Ce n’est pas faux, mais la Moldavie est surtout et avant tout une partie d’une province roumaine, annexée par l’Empire Russe, et ensuite par l’Union Soviétique.



Origines


Ce qu’on pourrait appeler « espace roumain » se situe entre le Danube au sud, la Mer Noire et le fleuve Dniestr à l’est, le fleuve Tisa à l’ouest. Dans cet espace se constituent au Haut Moyen Âge (Xe siècle) des nombreuses principautés proto-roumaines. Cet espace se trouvait entre le Royaume de Hongrie, de Pologne, et l’Empire Ottoman, entités politiques beaucoup plus puissantes et affirmées. Avec les invasions mongoles et l’affaiblissement des ces entités politiques autour, les nombreuses principautés roumaines se sont réunies pour n’en former plus que trois. Ainsi, peu avant la moitié du XIVe siècle, il existe dans l’espace roumain trois principautés : la Valachie (ou Pays Roumain) au sud, la Transylvanie à l’ouest et la Moldavie à l’est. Ces principautés vont se maintenir jusqu’au XIXe siècle, quand elles vont former ce que nous appelons aujourd’hui la Roumanie. Nous allons nous concentrer ici uniquement sur la Moldavie.





Les trois principautés roumaines (ou « pays roumains ») au XVe siècle. En orange la Moldavie



Bien que l’histoire soit beaucoup plus complexe, nous n’avons pas le temps ici de tout développer et nous devons aller à l’essentiel. La Moldavie apparaît au XIVe siècle. Elle comporte ce qu’on appelle aujourd’hui la République de Moldavie (la partie à l’est de la rivière Prut), et la Moldavie (de l’ouest) qui est en Roumanie.


La Moldavie apparaît donc au XIVe siècle, la date retenue est plus précisément 1359. Au début du XVe siècle, la Moldavie - mais aussi la Valachie - se trouvent dans des guerres contre l’Empire Ottoman qui tente d’annexer les principautés, sans succès initialement. C’est dans ces conflits que les princes (ou voïvodes) roumains s’illustrent, comme Etienne le Grand, Michel le Brave ou encore Vlad l'Empaleur. Mais à la fin de ce XVe siècle l’Empire Ottoman prend le dessus. Finalement, au XVIe siècle, la Moldavie, comme la Valachie, devient des principautés vassales (et non pas parties !!) de l’Empire Ottoman. Quant à la Transylvanie, elle devient une province de l’Empire Habsbourg. La Moldavie est donc une principauté vassale mais autonome, ayant son propre prince (même s’il est souvent imposé par la Sublime Porte ottomane), sa propre administration, plus ou moins sa propre armée et sa propre monnaie. Au XVIIIe siècle, l’autonomie des deux principautés roumaines (aussi appelées « Danubiennes ») est considérablement réduite par les Ottomans.


Rien ne différencie les Principautés roumaines entre elles, étant peuplées de la même population parlant la même langue, ayant la même culture et la même organisation politique. Bref, ce sont les empires les entourant qui empêchent une union entre les principautés roumaines. Mais il n’y a donc aucune identité ou spécificité moldave dans un sens national, comme les Russes et Soviétiques l'ont affirmé par la suite. Un Moldave était tout simplement un Roumain habitant la principauté moldave.



Modernité


L’affaiblissement de l’Empire Ottoman et la perte de plusieurs guerres avec ses voisins - l’Empire Russe au nord-est et l’Empire Habsbourg au nord-ouest - fait que les Ottomans doivent céder des territoires à ces empires. Pourtant, la Moldavie n’étant pas partie de l’empire mais uniquement vassale, en théorie l’Empire Ottoman ne pouvait pas céder des territoires moldaves, puisqu’ils ne lui appartenaient pas. Il s’agit donc d’une violation du droit et d’un abus de pouvoir. Mais comme la pratique n’a souvent pas grand chose à voir avec la théorie, le nord de la Moldavie, appelé Bucovine, est annexé en 1775 par les Habsbourg. En 1812 l’Empire Russe annexe la moitié est de la principauté Moldave. Cette moitié est appelée par le russes la « Bessarabie ». C’est une partie de cette moitié qui deviendra par la suite la République de Moldavie. Ainsi, au début du XIXe siècle la Moldavie est réduite à moins de la moitié de ce qu’elle était avant 1775.


Ainsi, ces territoires roumains sont devenus par une simple signature ottomane des provinces russes ou Habsbourg, en excluant la population roumaine et sa volonté, coupant en trois, de manière artificielle, ce territoire homogène culturellement, économiquement, linguistiquement, juridiquement. Le traité russo-ottoman de 1812 signifie donc le début de 200 ans de chaos, de conflits, de retournements de situations, où le grand oublié et exclu sera presque toujours le peuple roumain, face à des intérêts géopolitiques des puissances étrangères et envahissantes.





Carte de la Moldavie - en bleu ce qui reste de la Moldavie après les différentes annexions par les empires voisins



Il faut désormais prendre chacune des trois parties de la Moldavie séparément, puisque leur destin a été séparé. Nous allons voir le cas de la Moldavie occidentale, aujourd’hui région roumaine, que nous allons appeler Moldavie. Ensuite le cas de la Moldavie orientale occupée par l’Empire russe, que nous allons appeler Bessarabie, malgré le fait que cette dénomination n’est pas correcte à l’origine. Enfin, la partie nord de la Moldavie, occupée par les Habsbourg (devenus austro-hongrois) que nous allons appeler Bucovine, bien que ce nom soit aussi artificiel et faux à l’origine.


La Moldavie a continué d’exister dans sa superficie réduite. Après 1812, c’est une période de déclin qui s’ouvre. Cependant s’ouvre aussi une période d’importante activité politique, en lien avec les Lumières, le Printemps Européen des peuples et le sentiment national qui renaît. Les élites moldaves et valaques (donc roumaines) faisant leur études en Europe de l’Ouest, principalement Paris, mais aussi Berlin ou Vienne, ont eu contact et connaissance des nouvelles idées humanistes, et avec leur retour dans les principautés danubiennes, les ont ainsi « importées ».

En 1821 a lieu une révolte en Moldavie et Valachie contre l’Empire Ottoman, dans le but d’une émancipation nationale. Plusieurs proclamations nationales, démocratiques et républicaines ont également été prononcées. Mais les insurgés ont été rapidement écrasés puis massacrés par les Ottomans. En 1848 les Principautés Roumaines sont touchées par le Printemps européen, avec des programmes politiques et des revendications de modernisation, de réformes et de progrès, mais aussi et encore d’émancipation et d’unification politique. Ces révolutions ont aussi été un échec, écrasées par les empires voisins (Ottoman, Russe et Austro-hongrois), intervenus militairement. Les leaders roumains ont été contraints à l’exil.

Finalement, en 1859, la Moldavie élit le prince Alexandre Jean Cuza. La Valachie élit également et au même moment A.J. Cuza comme prince. L’union entre les deux principautés est réalisée de facto, par cette union personnelle (en la personne du prince Cuza). Elle sera reconnue en 1861 par les Ottomans. En 1862 est formé le premier gouvernement commun des deux principautés et enfin en 1862 le premier parlement commun ouvre sa session. La Moldavie disparaît de fait, faisant partie des Principautés unies, devenues à partir de 1881 le Royaume de Roumanie.


La Bessarabie est donc à partir de 1812 une province de l’Empire Russe. Originellement les Russes avaient planifié d’annexer non seulement la totalité de la Moldavie, mais aussi la Valachie, et c’est seulement l’imminence de l’attaque de Napoléon Ier qui a quelque peu calmé les ardeurs expansionnistes russes. Depuis l’annexion de 1812, la situation de la Bessarabie n’a fait qu’empirer, politiquement et socialement. Économiquement, malgré un certain développement, elle reste une région très pauvre. L’alphabétisation en Bessarabie varie à cette époque entre 10% et 40% selon les zones. L’autonomie de la Bessarabie disparaît en 1828, alors qu’elle avait été garantie, et la petite noblesse moldave (roumaine) au pouvoir est remplacée par des gouverneurs militaires russes. L’église orthodoxe est passée sous la direction du patriarcat de Moscou, la langue roumaine est interdite (bien que parlée par la totalité de la population), les noms des villes sont russifiés. Ainsi les autorités russes cherchent à effacer toute identité roumaine de la région. Par l’afflux massif d’immigrés Russes, Ukrainiens, Juifs, Allemands, Bulgares, Arméniens, ou Grecs, la population roumaine chute, passant de quasi 100% à 70% en 1910. Tous ces éléments contribuent à la russification de la Bessarabie. De plus, la population urbaine, plus riche, plus alphabétisée et plus puissante politiquement est composée de ces immigrés (qu’on peut appeler colons), alors que les campagnes, plus pauvres, moins scolarisées et sans pouvoir politique, sont roumaines, bien souvent réduits à un quasi-statut de serfs. Le sentiment national roumain renaît à partir de 1850, dans la clandestinité, le cas contraire étant considéré comme de la trahison par les autorités. Avec la Première guerre mondiale, l’affaiblissement de l’Empire Russe, et la révolution bolchévique de 1917 le mouvement national roumain peut s’afficher au grand jour, et en décembre 1917 est proclamée la République Démocratique Moldave. En mars 1918, le « Conseil du Pays », l’autorité politique démocratique en Bessarabie ayant une forme parlementaire, vote l’union avec la Roumanie.


La Bucovine fait partie de l’Empire Habsbourg à partir de 1775, date de son annexion. Là encore les autorités impériales ont cherché à dé-nationaliser la population roumaine, en encourageant sa conversion au catholicisme et l’implantation d’immigrants. C’est surtout l’oppression religieuse qui provoqua un ressentiment à l’encontre de l’Empire (les Roumains étant orthodoxes). Avec l’immigration d’Allemands, Ukrainiens, Polonais, Juifs, Slovaques ou Hongrois, la population roumaine baisse de 85% en 1774 à environ 60%. La Bucovine connaît sous l’administration impériale des Habsbourg un important développement économique et même industriel, accompagné d’une vie culturelle riche. Cependant, comme en Bessarabie, la population roumaine reste cantonnée aux campagnes, avec une situation économique très défavorisée, et une absence de représentation ou de pouvoir politique. Ainsi, elle est exclue et marginalisée, souvent considérée comme des citoyens de seconde main. La langue roumaine est aussi interdite, et les roumains ont difficilement accès aux universités. Ainsi une élite roumaine peine à se former, malgré quelques exceptions. L’élite politique, économique et culturelle est allemande ou plus généralement germanophone dans cette région. La population (surtout urbaine) est cosmopolite, avec plusieurs cultures qui y cohabitent, malgré des discriminations envers les Roumains. Ce « compromis » ou cohabitation entre les ethnies, était la politique officielle de l’empire des Habsbourg. Cependant la situation s’améliore à la fin du XIXe siècle. En 1861 la Bucovine obtient le statut de Duché, ayant donc une assez grande autonomie au sein de l’Empire, et une Diète est formée, dans laquelle les roumanophones ont, logiquement, la majorité (puisqu’ils sont majoritaires sur ce territoire). Au final la Bucovine s’est créé une identité propre, distincte de celle de Moldavie. La situation des Roumains dans cette région a été largement meilleure que celle en Bessarabie, sur quasiment tous les points. Avec la Première guerre mondiale et la disparition de l’Empire Austro-Hongrois, la Diète du duché de Bucovine vote démocratiquement en novembre 1918 le rattachement à la Roumanie.



Période contemporaine


En 1918, toutes les régions peuplées de Roumanie sont réunies pour la première fois au sein du même État, le Royaume de Roumanie. S’ouvre une période d’unification administrative, territoriale, scolaire et dans tous les autres domaines. La diversité et les minorités sont préservées et protégées là où elles sont présentes (en Bucovine, Transylvanie ou Bessarabie par exemple). La Roumanie connaît un développement économique et culturel jamais vu auparavant dans son histoire. La Moldavie (d’avant 1775) est donc réunie dans son intégralité au sein du Royaume.




Le Royaume de Roumanie entre 1918 et 1939, quand tous les territoires peuplés par les Roumains, y compris la Bessarabie, ont été intégrés au sein d’un même État


Mais en 1939, la Seconde Guerre mondiale éclate. Suite au pacte germano-soviétique (Ribbentrop-Molotov) l’Allemagne nazie et l’URSS se mettent d’accord pour se partager l’Europe de l’est. L’URSS annexe plusieurs territoires, en Finlande, la moitié de la Pologne, les Pays Baltes et la Bessarabie (l’annexion de cette dernière étant toujours oubliée par les Occidentaux). En 1940, l’Union Soviétique, qui n’a jamais reconnu l’union (faite pourtant de manière démocratique) de la Bessarabie avec la Roumanie, adresse un ultimatum à la Roumanie. Cette dernière est obligée de céder et quitter la Bessarabie en 48h, mais aussi la moitié nord de la Bucovine, comme « compensation » pour les 22 ans pendant lesquels la Bessarabie est redevenue roumaine (!!). Étant sans allié et dans l’impossibilité de résister à une guerre contre l’URSS, la Roumanie s’y conforme. Ainsi la Bessarabie et la moitié de la Bucovine deviennent russes (soviétiques). Commencent alors des massacres et des purges, des déportations de la population roumaine, et une oppression jamais vue dans ces territoires. Commence alors aussi un processus de “conversion” au communisme, par des collectivisations et de la propagande par exemple, et grosso modo la transformation de cette région d’Hommes libres ayant des libertés et des droits, en une région de camarades soviétiques sous l’oppression du totalitarisme stalinien. Nombreux ont été ceux qui ont tenté de fuir (y compris des Russes), fusillés par les garde-frontière soviétiques. La Bessarabie et le nord de la Bucovine redeviennent roumaines en 1941, avec l’avancée du front de l’est, puis elles sont de nouveau perdues en 1944.


Recommencent alors les purges, les exécutions, les déportations au Goulag, la famine provoquée par des réquisitions soviétiques, la soviétisation et la dé-roumanisation de la région, et sa “conversion” au communisme, avec une agressivité encore plus forte qu’en 1940. Entre 1940 et 1950, la Bessarabie perd un tiers de sa population (!), soit quasiment un million d’habitants, Roumains, Juifs et Allemands de Bessarabie. C’est l’élite sociale (intellectuels, professeurs, gendarmes, clergé) qui a été annihilée et déportée en premier, mais de nombreux paysans ont connu le même sort.


La République Socialiste Soviétique de Moldavie est créée, mais le sud de la Bessarabie et le nord de la Bucovine (un tiers de la Bessarabie) ont été incorporés à la République socialiste soviétique d’Ukraine. En revanche, l’URSS a attribué à la RSS Moldave la région de la Transnistrie, qui n’avait pourtant jamais fait partie de la Bessarabie ou de la Roumanie, et qui est peuplée par autant de Roumains, d’Ukrainiens que de Russes.





En couleur (verte et jaune) la Bessarabie. Les lignes rouges représentent les frontières actuelles




Durant les 45 ans d’occupation soviétique, la politique soviétique de colonisation a porté ses fruits, passant de 75% à seulement 60% de la population roumanophone (et dont une majorité la voit comme « moldave » et non plus roumaine). Le reste étant donc des populations slaves (Russes, Ukrainiens ou Bulgares) ou slavophones. Mais là encore, c’est surtout la population urbaine qui a connu ces transformations, les Russes et Ukrainiens étant beaucoup plus présents dans les villes et quasiment absents des campagnes. Là encore, les colons russes ou ukrainiens avaient une meilleure situation économique et sociale, ainsi que la totalité du pouvoir politique, et la population majoritaire mais roumaine était marginalisée et discriminée. Par exemple, sur les 10 secrétaires généraux du PCRM, seulement les deux derniers (les deux étant en fonction après 1989) étaient nés en RSS Moldavie.


La Bessarabie a connu aussi la collectivisation et la famine provoquée, la langue roumaine a été interdite, une réorganisation économique, administrative, éducationnelle et dans tous les autres domaines sur le modèle soviétique. Après la mort de Staline, la situation s’est quelque peu améliorée économiquement, et les envoyés au Goulag ont eu le droit de revenir. Dans les années 1960-85, la Bessarabie a connu un développement économique relativement important, aidée par les autorités de Moscou dans une relative industrialisation et le développement du domaine scientifique. Mais la RSS Moldave était destinée à être une république agraire au sein de l’URSS, donc spécialisée dans l’agriculture des céréales, de fruits et légumes. Ainsi l’industrialisation a été limitée, et elle a eu lieu quasiment en totalité en l’actuelle Transnistrie. Enfin, durant toute l’occupation soviétique, la propagande du régime russe a dépeint les Roumains comme étant différents et même ennemis des « Moldaves », soi-disant parlant une autre langue et ayant une autre histoire.


Le sentiment national a été réprimé dans toutes les républiques soviétiques, mais avec l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev la situation a changé. La relative liberté a permis aux sentiments patriotiques de s’exprimer. En août 1991, le Soviet suprême de la RSS de Moldavie déclare l’indépendance et adopte la langue roumaine comme langue officielle, ainsi que l’hymne roumain et le drapeau de la Roumanie comme hymne et drapeau. Donc les 45 ans d’occupation soviétique n’ont pas réussi à complètement anéantir le sentiment national roumain présent en Moldavie, bien que celui-ci ait été impacté.



La guerre en Transnistrie


Dans ce contexte et ce rapprochement entre la Moldavie et la Roumanie, se déclenche en 1992 la guerre en Transnistrie, peut-être la première guerre hybride de la Russie dans sa sphère d’influence. La Transnistrie, peuplée à 60% de Russes et Ukrainiens a refusé ces changements, souhaitant peut-être rester en Union Soviétique et/ou dans le système communiste. C’était également un moyen pour la Russie de garder une emprise sur la Moldavie et d’empêcher la réunification de cette dernière avec la Roumanie. La petite armée moldave, plutôt des gendarmes que des soldats, a été envoyée pour réinstaller la paix et l’ordre, suite à des troubles et des violences dans cette région (les bâtiments gouvernementaux ou les commissariats étant attaqués par des « séparatistes »). L’armée russe, camouflée en « rebelles » ou « séparatistes » est intervenue pour repousser l’armée moldave. Depuis, de jure la Transnistrie est partie de la Moldavie mais de facto elle est un État indépendant, avec des institutions, une monnaie, des lois, etc, et soutenue mais pas reconnue par la Russie. Depuis 1992, la 14e Armée russe occupe ce territoire (elle devait rester quelques semaines), officiellement pour « assurer la paix », mais en pratique pour s’assurer que cette république fantôme continue d’exister, permettant le chantage et étant un danger envers la Moldavie (et récemment envers l’Ukraine aussi) et pour avoir une zone grise permettant les trafics en tous genres, en plus de sa situation stratégique.





La Transnistrie en rouge, entre la Moldavie et l’Ukraine. En théorie partie de la Moldavie, mais étant en pratique un état auto-proclamée


Vlad Duica

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