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Révolte hongkongaise : clé de voûte de l’intégrité territoriale chinoise ?

Dernière mise à jour : 27 sept. 2020


L’histoire de Hong Kong est riche et passionnante. Situé au Sud-Est de la Chine, ce territoire est devenu britannique à la suite du traité de Nankin de 1842, qui met fin à la première guerre de l’Opium. Comptoir britannique en Chine, il faudra attendre l’année 1984 pour qu’un accord sino-britannique promette un retour de Hong Kong dans la mère patrie selon le fameux principe, énoncé par Deng Xiaoping, « Un pays, Deux systèmes ».


Durant ce laps de temps, Hong Kong est administré depuis Londres de manière non-démocratique, jusqu’à une tentative de démocratisation à la suite de la Seconde Guerre mondiale. Mais les communistes fraîchement arrivés au pouvoir institueront la RPC et feront savoir aux britanniques leur opposition à la création d’un système démocratique avec des élections libres à Hong Kong. Zhou Enlai, premier ministre et ministre des affaires étrangères, était clair : à terme, Hong Kong devait revenir à la mère patrie et ne devait pas avoir un système politique différent.


En 1984 donc, il est acté qu’Hong Kong est supposé devenir une Région Administrative Spéciale : partie inaliénable de la République Populaire de Chine (RPC) bénéficiant d’un « haut degré d’autonomie » et « des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire indépendants ». Côté chinois donc, l’engagement porte sur le maintien du système économique, du système législatif et du mode de vie propre à Hong Kong pendant une période de 50 ans après la rétrocession (jusqu’en 2047), sans appliquer le modèle socialiste de la RPC. Soit « un pays, deux systèmes ».


Lors des négociations, les britanniques ont essayé d’imposer la présence de représentants hongkongais. Une identité locale commençait à être perceptible et se devait d’être représentée. Ce sont les négociations du tabouret, tabouret à trois pieds : les Britanniques, les Chinois et les Hongkongais. Or la Chine refusa ces négociations, affirmant que les tabourets chinois avaient deux pieds et tenaient très bien.


La rétrocession de Hong Kong à la RPC aura lieu le 1er juillet 1997, date de la fin du bail de 99 ans relatif aux nouveaux territoires établit entre l’Empire Qing et l’Empire britannique à la suite de la défaite mandchoue durant la guerre sino-japonaise de 1894-1895.


Ainsi, Hong Kong devient, deux ans avant sa voisine Macao, la première Région Administrative Spéciale de RPC.


Les relations politiques entre la RPC et Hong Kong, à l’instar de ce qui se passe depuis 6 mois maintenant, n’ont pas été d’un calme plat. Dépeints comme des citoyens apolitiques, les hongkongais n’ont, depuis la rétrocession, jamais hésité à manifester leurs désaccords avec le pouvoir pékinois.


Dès 2003, alors que le gouvernement en place souhaite mettre en place un projet anti-subversion, projet de sécurité nationale, le peuple hongkongais descend en masse dans les rues (700 000 hongkongais au plus fort de la mobilisation) pour lutter contre ce projet jugé liberticide. Durant cette mobilisation, les hongkongais expriment pour la première fois leur volonté d’acquérir le suffrage universel pour les élections importantes.


Pékin accuse le camp démocrate hongkongais de vouloir transplanter le système politique occidental à Hong Kong. Mais pour les hongkongais, l’axiome est évident : ils sont certes fiers d’être chinois, mais ils ne souhaitent pas que les dirigeants de Pékin contrôlent leur vie.

2003 est le début des velléités de résistance hongkongaises : toute tentative d’ingérence de la part du gouvernement de Pékin sera combattue. Les hongkongais souhaitent conserver leur spécificité juridique et économique jusqu’aux termes de l’accord en 2047, et plus encore.


Ainsi en 2010, une mobilisation a pour but de lutter contre le projet d’éducation patriotique qui visait à remodeler les manuels d’éducation civique selon la vision du Parti Communiste Chinois.


Le dernier mouvement de rébellion annonçant le mouvement de 2019 a eu lieu en 2014 : c’est la révolution des parapluies. Durant 79 jours, Hong Kong vit au rythme des manifestations et de l’occupation. « Occupy Central » a réuni des dizaines de milliers de personnes, manifestant dans les rues pour réclamer plus de démocratie. Les militants prodémocratie s'opposaient au gouvernement chinois qui souhaitait réduire la portée du suffrage universel pour l'élection du chef de l'exécutif de Hongkong. Une réforme électorale qui n'aura finalement pas lieu.


À la suite de ce mouvement d’envergure, différents partis prodémocratie sont nés avec différentes ambitions : Demosito souhaite le respect de l’autonomie de Hong Kong tout en restant sous la tutelle de Pékin, tandis que le Hong Kong National Party (HKNP) souhaite l’indépendance pure et simple du territoire.


Entre la fin du mouvement des parapluies et aujourd’hui, la Chine a multiplié des ingérences de plus en plus graves : des éditeurs critiques du gouvernement pékinois ont été enlevés, des députés démocrates élus ont vu leur élection invalidée, le HKNP a été interdit, etc. Pour autant, ces évènements n’ont pas suscité de soulèvement particulier.


La première réaction de masse notable sera une réponse à la proposition de la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam : une loi permettant l’extradition de hongkongais vers la Chine, mais également de tout individu ayant commis un crime en Chine et étant réfugié à Hong Kong. Pour les hongkongais, cette mesure dictée par Pékin est l’ingérence de trop. Cela est perçu comme la tentative de remettre en question voire de mettre un terme au principe « un pays, deux systèmes ».


Pékin décide de rétorquer par la violence. En effet, pour le PCC et le bureau en charge des affaires de Hong Kong et de Macao, il n’est pas question de céder face à une population qui manifeste. L’enjeu de la crise de Hong Kong se place dans la capacité du pouvoir à répondre de manière ferme, pour ne pas inciter les autres territoires à se rebeller. Notamment, l’enjeu saillant se trouve à Taipei. Une révolte sur place se solderait sans aucun doute par une victoire des indépendantistes au pouvoir, plaçant Pékin dans l’embarra face un territoire qu’il ambitionne de placer sous son giron depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Surtout que le pouvoir indépendantiste en place se targue de refuser toute soumission à la Chine continentale. Pékin espère donc que la dissuasion par la violence réduira les efforts des manifestants au point que le mouvement s’amenuise par lui-même. Cet espoir est d’autant plus grand que la RPC ne peut se permettre un deuxième Tiananmen, son image internationale n’en serait que bien trop affectée.


Or, si Pékin mise sur la lassitude du mouvement, une caractéristique est à souligner : la jeunesse hongkongaise est fortement impliquée dans ce mouvement, et nombre d’entre eux l’étaient également lors du mouvement « Occupy central » en 2014. Cette génération se réclame prodémocratie et pro-indépendance. Et elle constitue le futur de la nation. Sauf changement de politique pékinoise, les relations ne sauraient se détendre dans les mois et années à venir, et la moindre étincelle serait susceptible de relancer tout mouvement.


L’horizon 2047 semblait annoncer lors de la rétrocession une convergence. Certains voyaient Hong Kong se rapprocher du PCC, d’autres misaient sur une démocratisation de la Chine. Ce qui est sûr, c’est que personne n’avait prévu un tel scénario. Aujourd’hui, 2047 n’a jamais été aussi près, et les hongkongais redoutent bien d’arriver à cette date sans avoir davantage de garanties quant au maintien de leurs spécificités.


Ronan Gouhenant

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