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Une société sans mariage : la clef de l'harmonie ? Les Na en Chine (Johanna Kougbeadjo)

Cet article provient de l'ancien blog des étudiants en science politique, initialement publié le 25 Mars 2015.


Surnommées le « Royaume des femmes », les terres bordant le lac Lugu, au sud-ouest de la Chine, abritent le peuple Na. Détenteur du titre de “communauté modèle” attribué par l’UNESCO, il figure parmi les dernières sociétés matriarcales au monde. Autre signe distinctif : chez eux, le mariage n’existe pas.









Les Na vivent sur le lac Lugu, sur les contreforts de l'Himalaya




Une autre conception de la famille


L’organisation familiale Na est bien différente de la nôtre. Pour eux, seule la famille maternelle compte. Le père, lui, est totalement absent. Il est considéré comme un simple facilitateur, celui qui « s’amusera » (pour reprendre les mots de Cai Hua, auteur d’Une société sans père ni mari, les Na de Chine) avec la femme et qui lui permettra d’avoir un enfant. Le lien de paternité important peu, le père est libre de faire partie de la vie de sa progéniture ou non. D’ailleurs, jamais il ne vivra avec l’enfant et sa mère, car chez les Na, chacun demeure dans la maison du clan familial maternel. Cela ne signifie pas pour autant que les enfants grandissent sans figure paternelle. Ce sont les frères de la mère qui assurent le rôle de modèle masculin.


La conception familiale des Na a des conséquences sur leur idée du couple. Puisque la famille nucléaire (père, mère et enfants) ne constitue pas la norme, le mariage ne présente, pour eux, pas d’utilité. Bien au contraire, il est vu par les Na comme une source de destruction de la famille et de déstabilisation de la paix sociale. En effet, la cohabitation, souvent source de conflit, compromet de ce fait le maintien de l’harmonie, valeur suprême dans leur culture.


L’union libre comme norme sociale


Au mariage, les Na préfèrent l’union libre. Elle se manifeste d’abord par la « visite furtive » : l’homme peut rendre visite en cachette à son amante le soir dans sa chambre, mais doit repartir à l’aube, avant que la famille de la femme ne se réveille et ne constate sa présence. Il s’agit là de simple pudeur. Si la relation devient sérieuse, la femme peut choisir de présenter l’homme à son clan, on parlera alors de « visite ostensible ».

Par ailleurs, pour les Na, « le serment de fidélité est honteux car perçu comme un négoce » nous dit Cai Hua. L’homme et la femme étant considérés comme des égaux, l’un ne peut posséder l’autre. Requérir la fidélité de son partenaire leur paraît donc immoral. Chacun peut avoir autant d’amants qu’il le souhaite. Celui qui montre des signes de jalousie encourt les moqueries de la communauté toute entière.


« Le dernier endroit paisible de la planète »


L’explorateur américain Joseph Rock, en rapportant son expérience dans la région du lac Lugu dit avoir trouvé “le dernier endroit paisible de la planète”. L’organisation familiale Na ainsi que la liberté sexuelle accordée aux femmes et aux hommes jouent un rôle important dans la construction et le maintien de l’harmonie au sein de la communauté.

Ce modèle d’organisation sociale, idéal pour certains, semble cependant difficilement viable dans une société mondialisée. Le mode de vie Na, du fait de l’influence de cultures extérieures, notamment de la culture Han (ethnie majoritaire en Chine), a déjà commencé à voir la transmission de son héritage remise en cause. Les jeunes ont tendance à vouloir quitter le village et la demeure familiale pour la ville et à s’éloigner des traditions ancestrales. Néanmoins, la culture Na a le mérite de nous rappeler que les questions de l’égalité homme-femme et de la liberté sexuelle, sujettes à tant de débats dans nos sociétés modernes, ne sont pas si contemporaines que cela et remontent bien à la nuit des temps.



Johanna KOUGBEADJO


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