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« Biowarfare » et bioterrorisme : la chimie dans la guerre

Dernière mise à jour : 15 mars 2022

Depuis les avancées scientifiques de la fin du 19ème siècle, attribuées à Louis Pasteur et Robert Koch, l’usage de la chimie dans les conflits armés est devenue une source d’insécurité non-négligeable pour le monde et notamment pour les populations civiles prises au cœur des différents conflits armés. En effet, la capacité d’identifier, d’isoler, puis de reproduire en masse certains agents pathogènes marque un tournant dans l’histoire de la guerre chimique.


Ainsi, cet article vise à s’intéresser à l’usage des agents pathogènes dans les guerres modernes et anciennes. La guerre chimique est ici comprise comme l’utilisation de virus, de poisons et de différentes toxines, naturelles ou non : cela n’exclut donc pas l’usage de ces agents datant des différentes époques précédant la naissance de la microbiologie moderne. De plus, il sera question de s’interroger sur la qualité des acteurs utilisant ces types d’armes, que ce soit l’État, le groupe, ou l’individu.



L’utilisation de virus contre l’ennemi se trouve être une pratique très ancienne : il est possible de la constater dans toutes les régions du monde et à des époques différentes. L’idée selon laquelle les hommes ont attendu la microbiologie pour comprendre qu’un puissant virus avait la capacité de détruire une armée adverse sans même la combattre directement est une idée plus que fausse, et cela dans la mesure ou les maladies ont toujours décimé les peuples. La seule différence réside dans la capacité à contrôler l’arme en question. On retrouve alors des traces de proto-guerre chimique au 14ème siècle avant J-C, en effet, les Hittites utilisaient des béliers infectés contre leurs ennemis pour les affaiblir. On retrouve également, dans les chroniques de Gabriele de Mussi, le récit relatif à l’utilisation, par les forces mongoles, de catapultes dans le but d’envoyer des cadavres infectés dans la ville assiégée de Caffa en 1346. L’utilisation des virus dans la guerre n’est donc pas un produit de l’ère moderne et industrielle : c’est une pratique ancienne, considérée comme un moyen de faire tomber l’ennemi, de décimer une population civile, dans un but de conquête et, intrinsèquement, un but de domination.

Néanmoins, les formes anciennes de guerre chimique montrent que malgré la capacité relative à maîtriser et utiliser ce genre de méthode, c’est l’avènement de la microbiologie qui va propulser les armes chimiques au rang d’armes de destruction massive. En effet, la capacité à identifier, isoler, et produire (en masse) certains agents pathogènes va devenir un argument de puissance pendant tout le 20ème siècle. La Première Guerre mondiale va parfaitement illustrer cette industrialisation de la chimie dans la guerre puisqu’elle va être le terrain propice à la production et à l’utilisation de nouveaux moyens de guerre chimiques : les gaz.


Nous identifions ici trois gaz nés pendant la première guerre mondiale : le gaz sarin, le gaz tabun et le VX. Ces derniers ont des propriétés différentes : le sarin a la particularité d’être très volatile (0,6mg/M3), le rendant ainsi très dangereux tant sa propagation dans l’air est aisée, il sera ainsi une des armes phares de l’Allemagne pendant cette guerre.

C’est seulement après la Première Guerre mondiale qu’intervient un texte juridique fondateur pour la lutte contre les armes chimiques : le protocole de Genève, en 1925. Bien que visionnaire, il n’interdit pas la production, le stockage, ou l’acquisition de ces armes. Il faudra alors attendre la Convention sur l’interdiction des armes biologiques de 1972 et la Convention sur l’interdiction des armes chimiques de 1993 pour atteindre l’objectif initial, c’est à dire l’existence d’un texte de droit international complet et ratifié par une large majorité d’État.

Néanmoins, malgré ces textes, plusieurs cas d’utilisation d’armes chimiques sont recensés pendant la seconde moitié du 20ème siècle. On peut ainsi citer l’utilisation par les USA de « l’agent orange » pendant la guerre du Vietnam, ou encore l’utilisation du gaz moutarde par l’Irak lors de la campagne Anfal en 1988.



Il convient maintenant de s’intéresser à l’utilisation de ces armes non pas par des entités étatiques, mais par des entités non-étatiques. On peut définir le bioterrorisme comme l’usage délibéré de virus, de bactérie, ou d’autres agents dans le but de provoquer la mort ou la maladie chez les personnes, les animaux, ou les plantes.

Ainsi, pour distinguer le bio-crime du bioterrorisme, il convient de définir le mobile de l’action. L’action terroriste est alors inspirée par des croyances politiques, religieuses ou idéologiques, alors que le bio-crime est inspiré par le gain monétaire, la vengeance, dans le but de viser un individu ou un groupe restreint. Cette distinction se fait ainsi au niveau de la cible, mais aussi du mobile de l’action, néanmoins les moyens restent les mêmes.


À l’automne 2001, l’épisode des lettres à l’anthrax secoue l’Amérique et constitue un exemple fameux de bioterrorisme perpétré par une entité non-étatique. En effet, le Bacillus anthracis était l’agent pathogène utilisé ici, il se caractérise par son appartenance à la catégorie A des agents biologiques. Lors de cette attaque, l’anthrax fut utilisé par voie d’inhalation et par voie cutané, ainsi on comprend que la nature de l’agent pathogène a un impact non-négligeable sur le mode d’action utilisé pour l’attaque en question. La qualité de l’agent pathogène est donc une donnée essentielle dans le choix de la voie de propagation de l’agent, ici l’US Mail.


Il est fondamental d’évoquer le rôle de la révolution de l’information dans la multiplication des dangers liés à ce type d’attaque terroriste. En effet, c’est bel et bien l’accès à l’information qui constitue une menace : on peut citer le cas du programme de production d’armes à l’anthrax par Al-Quaida à la fin des années 1990, mobilisant plusieurs scientifiques en lien avec l’organisation et agissant dans le monde entier, de l’Europe au Pakistan en passant par l’Asie du Sud-Est. On a pu constater que la prise de conscience, par les organisations terroristes, de l’intérêt stratégique de disposer d’armes de destruction massive à caractère biologique est arrivé relativement tôt. De plus, il est nécessaire d’évoquer l’impact qu’a eu l’attaque du métro de Tokyo par la secte Aum Shinrikyo en 1995 sur le développement du programme d’armes de destruction massive d’Al-Quaida, preuve d’un monde interconnecté qui s’observe mutuellement dans un but d’efficacité de l’action terroriste.


Ainsi, pour apprécier l’efficacité de l’action bioterroriste, il ne suffit pas de compter le nombre de victime ou de blessé, mais de définir, d’une manière non quantitative, la panique instaurée dans la société. La force de l’action bioterroriste réside dans sa capacité à créer le chaos : c’est dans cette optique que doit être analysée l’attaque des lettres à l’anthrax. Ici, malgré un nombre restreint de victime, c’est sa capacité à créer le désordre qui fait son importance. L’aspect psychologique est donc fondamental dans la compréhension de l’action bioterroriste : là où la méthode par balles ou par explosif cherche à maximiser le nombre de victimes, l’action bioterroriste mise d’abord sur le choc psychologique et sur la panique suscitée par cette action.


Pour conclure, on peut donc dire que l’utilisation de la chimie dans la guerre n’est pas une chose nouvelle, mais bel et bien une pratique ancrée dans l’histoire et dans les modes d’action des armées nationales.C’est également une pratique qui tend à s’émanciper du cadre étatique et qui se développe chez les organisations terroristes.

Aussi, malgré la révolution de l’accès à l’information, il est nécessaire de rappeler que la production et l’utilisation de ces armes requièrent un certain niveau de qualification, rendant l’action bioterroriste compliquée à mettre en place, et dont l’efficacité pratique n’est pas assurée.



Normant Marvin



Sources :


- « Biological warfare, bioterrorism, and biocrime », H. J. Jansen1, F. J. Breeveld2, C. Stijnis1,2 and M.P. Grobusch 2


- « Essentials of Terror Medicin », Shmuel C., Shapira Jeffrey, S. Hammond, Leonard A. Cole (Chapitre XII et


- « Revisiting Al-Qaida’s Anthrax Program », René Pita and Rohan Gunaratna


- « History of biological warfare and bioterrorism », V. Barras1 and G. Greub2

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