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Sea Shepherd : corsaire ou pirate ?




Parcourant océans et mers à la recherche de braconniers et de chasseurs de baleines, le rôle de Sea Shepherd dans la protection de l’environnement maritime est indéniable.

Seulement, depuis ses origines, l’ONG développe aussi bien engouement que contestation. Souvent accusée pour ses actions violentes, Sea Shepherd tente, malgré tout, de se présenter comme un mal nécessaire à la survie des espèces vivantes maritimes et terrestres.


L’ONG est née en 1977 à Vancouver. Son fondateur, Paul Watson, est un ancien membre de Greenpeace (anciennement Don’t Make a Wave Committee). Viré de l’organisation pour avoir eu un comportement violent lors d’une opération de communication en Antarctique. Un « accrochage » avec un braconnier qui essayait d’embrocher un phoque. Watson était convaincu que de simples actions de prévention ou de sensibilisation ne seraient pas suffisantes. Un jour où il fit face à des baleiniers. Le navigateur expérimenté et l’activiste affirmé décida de créer sa propre organisation : Sea Shepherd. « Il n’y a aucune autorité de surveillance donc il fallait que quelqu’un le fasse. » Les Bergers de la mer naissent et deviennent au fil du temps une organisation reconnue. De nombreuses opérations firent de Sea Shepherd une référence en termes de protection des écosystèmes marins et de la biodiversité. Le souci dans tout ça, c’est qu’étant une ONG aux actions violentes. Ils ne sont officiellement supportés d’aucun État. Ce qui aurait pu leur apporter du crédit et de la légitimité. D’autant que parfois, ils ne peuvent justifier légalement et juridiquement leurs actions. Ainsi, leur statut d’organisation de défense en devient très précaire. Il faut donc se demander si Sea Shepherd est une organisation pirate ou corsaire, peu importe ses bonnes volontés ?


Mais pourquoi serait-elle corsaire ? Qu’est-ce qu’un corsaire d’ailleurs ? Au XVI-XVIIème siècles, les corsaires étaient des navigateurs qui, autorisés par une lettre de marque ou de course, pouvaient attaquer en temps de guerre tout navire battant pavillon d’États ennemis. Combattants indépendants et ayant un statut équivalent aux militaires, la seule règle était de respecter les volontés de la lettre en obéissant aux lois de la guerre. Quelques-uns d’entre eux devenaient de réelles personnalités. Pour les plus fins connaisseurs, historiens ou simples vacanciers de Saint-Malo, il est possible d’apercevoir la statue d’un homme pointant l’horizon sur les remparts. Cet homme est Robert Surcouf, corsaire français. Alors en quoi Sea Shepherd et son équipage pourraient être considérés comme des corsaires ? Tout simplement parce que c’est une organisation mondiale qui s’attache à protéger les océans des activités illégales ou attentatoires à la vie maritime, et cela au moyen d’une flotte sans commune mesure pour une association (12 navires de tailles et fonctions variées). Mais qui leur donne cette autorisation ? Personne en réalité, il semble plutôt que Watson considère l’assentiment de la population mondiale comme unique et seule autorisation. À savoir que Brigitte Bardot, fervente défenseuse de l’environnement, leur a financé un magnifique trimaran qui resta longtemps à quai à Marseille. S’autoproclamant les “Justiciers des mers” (nom de leur émission), ils se font connaître aux travers de multiples opérations. Léviathan débuta en 2006-2007. Des bateaux japonais allaient dans le sanctuaire des baleines en Arctique pour y pratiquer une chasse illégale. Ils furent stoppés après des mois et des mois de poursuite. Les opérations Sparrow et Sparrow II se déroulèrent dans le Golfe de Guinée en 2015. Celles-ci visaient à faire face à des navires braconniers. Même résultat, voire plus car des jugements ont eu lieu. Il y en eut de nombreuses autres, que ce soit en Méditerranée contre la surpêche du thon rouge (Blue rage 2010) ou au Guatemala contre le massacre des requins (Requiem 2012). Toutes ces opérations, pour la plupart médiatisées, ont permis de créer un réel mouvement autour de l’ONG. Aujourd’hui, de nombreuses personnalités soutiennent ouvertement les actions de Sea Shepherd. Ils sont félicités par des stars telles que Leonardo Di Caprio, Pamela Anderson ou encore José Bové.


Pourtant l’image dégagée par Sea Shepherd ne semble pas être des plus admirables. Cela ferait-il d’eux des pirates, des bandits, des hors-la -loi qui sillonnent les mers à la recherche de victoires. Nombreux sont ceux qui les voient comme tels. Les accusations sont multiples. En commençant par Greenpeace qui souhaite défendre l’environnement de façon pacifiste. Révoquant toutes formes de violence lors des manifestations au profit d’une communication passive et paisible, tout le contraire de ce qui est proclamé par Sea Shepherd. Le départ de Paul Watson de l’organisation en a été le plus clair exemple, notamment en montrant la scission entre les deux organismes. D’ailleurs, depuis 2013, Paul Watson a lui-même décidé de se retirer de Sea Shepherd en raison de démêlés judiciaires. « Il n’est pas nécessaire d’avoir une jambe de bois ou un bandeau sur l’œil. Quand on percute des navires, qu’on lance des conteneurs d’acide, qu’on jette des cordes renforcées dans l’eau pour endommager hélices et gouvernail, qu’on envoie des bombes fumigènes, on est, sans le moindre doute, un pirate. » disait Alex Kozinski juge de la Cour d’appel de San Francisco. En effet, les méthodes utilisées par l’ONG sont remises en cause. La dangerosité de leurs actes peut à la fois créer d’importants dégâts matériels mais aussi porter atteinte à la vie des navigateurs. Qui bien souvent ne sont pas forcément au courant de l’illégalité de leurs actions, qu’ils soient enfants, femmes ou hommes. Ces accusations se renforcent au fil des campagnes de Sea Shepherd. Plusieurs États, aux traditions de pêches persistent à dénoncer les agissements de l’ONG. Le tout premier reste bien entendu le Japon. Célèbre pays pour ses chasses à la baleine, il est régulièrement confronté aux bateaux de Sea Shepherd. Le gouvernement nippon va jusqu’à les considérer comme des éco-terroristes. D’autres vont aussi dénoncer leurs pratiques, que ce soit l’Écosse les voyant comme des écolos extrémistes ou encore la Namibie qui les voit comme une menace à la sécurité nationale. Mais les critiques envers l’ONG ne sont pas qu’extérieures. Certains anciens membres vont accuser le culte de la personnalité qui sévit dans Sea Shepherd. Paul Watson proclamé le Capitaine imposait un commandement autoritaire. « Les navires n’ont jamais été dirigés de manière démocratique, c’est cette règle qui nous a permis de rester fidèles à notre esprit d’origine et de ne pas diluer notre âme combative dans la compromission. » Devenu presque un gourou ou « humble fanatique », il suscita admirations chez les plus extrêmes partisans de son idéologie. De fait, tout membre hors de la doctrine est dans l’obligation de quitter le navire.


Aujourd’hui, de nombreuses questions subsistent quant à la légitimité de Sea Shepherd. Une légitimité qui n’a souvent été que de façade et illusoire. Leurs actions, toujours aussi provocatrices font de cette ONG, une forme d’organisation pirate. Mais la vraie question est plutôt : Pourquoi est-ce à une organisation indépendante et privée de faire la chasse aux braconniers et aux baleiniers ? Ne serait-ce pas plutôt le rôle de la communauté internationale d’agir en vue de mettre fin à ces actes criminels ? Jusqu’à présent, l’ONG comptabilise 37 actions dans le monde, chacune avec leurs réussites et leurs paradoxes. Et elle ne risque pas de s’arrêter, les parrainages augmentent ainsi que les financements. Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France, disait dans un reportage publié sur Brut : « nous sommes des pirates de compassion au service de la vie marine et on s’oppose aux pirates braconniers qui détruisent la vie ».


Lucien Rivière




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