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De #MeToo à Balance ton porc : La mise à mort du séducteur en place publique ?

Dernière mise à jour : 27 sept. 2020

Cet article s'inscrit dans le cadre de la Semaine Contre le Sexisme ayant eu lieu du 9 au 15 mars 2020.

Si en France, une expression populaire veut que « tout soit bon dans le cochon », il n’en va pas de même chez nos voisins outre-Atlantique, en témoigne le célèbre hashtag « Balance ton porc » !

Octobre 2017, un vent de tonnerre s’abat sur Hollywood après la publication des enquêtes accusant le célèbre producteur Harvey Weinstein d’agressions sexuelles envers environ 80 victimes déclarées. Jadis, des ténors du barreau et quelques millions de dollars auraient suffi à étouffer l’affaire, mais le règne des réseaux sociaux s’est substitué à celui du mâle tout-puissant. Quelques heures à peine après ces troublantes révélations, l’actrice Alyssa Milano lance le hashtag « MeToo » sur Twitter afin que les femmes issues de différents milieux partagent leurs témoignages de violences sexuelles et sexistes. Il ne faudra que quelques heures pour que le mouvement se propage dans plus de 80 autres pays et devienne un véritable phénomène mondial.


En France, c’est la journaliste Sandra Muller qui propose le #BalanceTonPorc en s’inspirant du titre d’un article paru quelques jours auparavant sur l’affaire Weinstein dans le Parisien. Se démarquant des actions féministes traditionnelles en ce qu’elle n’a pas été initiée par une association identifiée, cette action revêt également un caractère inédit sur le fond. « La peur change de camp », tel est le slogan et l’objectif de ces victimes osant enfin sortir du silence. Libérer la parole des femmes pour lutter contre le fléau des violences sexuelles et des comportements à caractère sexiste, cette intention semble de prime abord louable. Néanmoins, en France, le mouvement se démarque par son agressivité et par sa volonté de révéler publiquement l’identité des agresseurs, potentiels prédateurs, voire même des dragueurs jugés trop insistants.


Si les plus fervents adeptes de l’anti-sexisme y voient un pas de plus vers la fin de l’oppression féminine et de la domination du mâle Alpha, la société s’interroge sur les conséquences à plus long terme de ce phénomène. Entre dénonciation légitime de crimes trop longtemps passés sous silence et délation du moindre auteur d’une remarque jugée trop politiquement incorrecte, assiste-t-on à une véritable mise à mort des traditionnels rapports de séduction homme/femme ? Les anciens bourreaux de la gent féminine en seraient-ils devenus les nouvelles victimes ?


« Libérées, délivrées » de l’emprise du mâle


Depuis ces dix dernières années, on ne compte plus le nombre d’affaires d’agressions sexuelles impliquant des personnalités publiques françaises. La plus célèbre d’entre elles étant sans aucun doute celle du « Sofitel » mettant en cause Dominique Strauss Kahn, alors directeur du FMI. Le 14 mai 2011, il est accusé de tentative de viol sur une femme de chambre du luxueux hôtel, ce qui le contraint à mettre un terme à ses ambitions présidentielles et à sa carrière d’homme politique.

Pourtant, bien qu’elle ait connu un retentissement médiatique sans précédent, cette affaire ne provoque pas une vague de soulèvement populaire similaire au #MeToo, les réseaux sociaux étant moins développés à l’époque. Mais la défiance féminine envers les hommes de pouvoir, supérieurs hiérarchiques, et plus généralement l’hétérosexuel bourgeois d’une cinquantaine d’années ne fait que s'accroître. Suite à la création du hashtag « Balance ton porc », plus de 200 000 tweets de témoignages sont postés en quelques jours. Parmi ceux-ci, certains accusent des personnages médiatiques de comportements inappropriés. L’ancien candidat à l’élection présidentielle Jean Lassalle, le producteur de cinéma Claude Lanzman, le journaliste politique Frédéric Haziza ou encore l’islamologue Tariq Ramadan, se voient poursuivis pour des faits qualifiables d’agressions sexuelles, voire de viol.


Le principal risque consiste cependant à laisser se propager des accusations sans preuve et rumeurs sans fondement. Le chanteur Patrick Bruel s’est ainsi vu accuser d’exhibitionnisme par plusieurs masseuses et d’harcèlement sexuel par l’un d’entre elles, des faits qu’il dément mais qui nuisent à sa carrière et détruisent son image d’éternel gentleman à la française. Enfin, Luc Besson est lui aussi visé par une enquête préliminaire pour « s’être jeté » sur une actrice lors d’un rendez-vous professionnel selon les dires de la jeune femme.


Mais les célébrités ne sont pas les seules à être jetées en pâture sur les réseaux sociaux. Collègues insistants, patrons voyeurs, siffleurs de rue, adeptes du « manspreading » - terme créé par des féministes américaines pour désigner une posture adoptée par certains hommes dans les transports en commun, consistant à s'asseoir en écartant les cuisses et en occupant alors plus que la largeur d'un siège - , les anecdotes fleurissent, les plaintes aussi. Elles connaissent une progression de 31,5 % au quatrième trimestre 2017 (+ 18 % pour les viols) par rapport à la même période de 2016. Cette hausse peut être interprétée non comme une augmentation de faits commis, mais comme une moindre résignation à laisser les agressions sans suite.


De la loi verbalisant le « harcèlement de rue » au guide « anti-dragueur relou »


En réaction à ces revendications qui paraissent légitimes, le gouvernement se doit de réagir. Marlène Schiappa, Secrétaire d'État chargé(e) de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, se fait le porte-parole institutionnel du mouvement. Pour ce faire, elle insiste sur l’importance de l’éducation, dans le système scolaire comme au sein de familles, pour sensibiliser les enfants dès le plus jeune âge aux violences et préjugés sexistes. Les programmes de l’Education Nationale prévoient désormais des cours d’éducation à la sexualité dès l’école primaire, ainsi qu’au moins trois séances annuelles au collège et lycée. Prévus pour être des temps d’échanges entre les élèves et leur professeur, leur objectif est de prévenir les comportements homophobes, et les violences et cyberviolences sexistes et sexuelles, ainsi que de promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes.

Ces intentions ô combien louables ont été complétées par une loi « renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes » promulguée le 3 août 2018. Celle-ci porte à 30 ans le délai de prescription de crimes sexuels commis sur des mineurs, renforce les dispositions pénales pour réprimer les infractions sexuelles commises sur des mineurs en élargissant la notion de contrainte morale et élargit la définition du harcèlement en ligne. Mais ladite « loi Schiappa » a suscité polémique en ce qu’elle crée une infraction d’outrage sexiste, pouvant être sanctionnée par une amende allant jusqu’à 3000€, pour réprimer le harcèlement de rue. Or, ce qui peut être vu comme un simple compliment ou une drague maladroite pour les unes peut facilement devenir harcèlement de rue pour les autres. Cette notion subjective n’ayant pas de définition précise, faudrait-il instituer une véritable police contre l’outrage sexiste et en faire un crime comme c’est le cas dans quelques comtés du Royaume-Uni ?

A Rennes, le 8 mars 2019, un « Guide de secours contre le harcèlement de rue » a été publié par des militants de l’Université de Rennes 2 et ses partenaires, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Il propose une distinction entre drague et harcèlement en considérant comme tel tout acte « pouvant faire naître un climat de peur, d’insécurité, de gêne ainsi qu’un rapport de pouvoir malsain ». Selon la brochure, la drague se pratique avec le consentement de la femme, et uniquement à deux.

Si certaines se voient agressées par le moindre compliment sur leur apparence, d’autres défendent la liberté d’importuner. C’est notamment le cas de plus de cent femmes qui, le 9 janvier 2018, ont publié une tribune dans le Monde sous le titre « Des femmes libèrent une autre parole ». Parmi elles, l’actrice, Catherine Deneuve, Brigitte Lahaie ou encore la journaliste Elizabeth Levy. Elles voient dans le phénomène Balance ton porc un excès de puritanisme ayant permis une campagne de délation.


Tinder, le nouvel eldorado du goujat ?


A l’heure où la drague est désormais perçue comme une pratique subversive, dérangeante, voire même constitutive d’une agression pour certaines, comment la séduction entre hommes et femmes peut-elle encore s’opérer ? La virtualisation est une réalité qui a bouleversé les relations entre les individus, impossible donc pour celles de nature amoureuse d’y échapper.

Si Meetic fut le premier site du genre à être fondé en France en 2001, l’offre s’est considérablement étendue, notamment en 2012 avec le lancement de Tinder. Le concept, de par sa simplicité, connaît dès lors un franc succès. Le principe est essentiellement basé sur l’apparence : si les deux protagonistes aiment respectivement leur profil, autrement dit leur photo parfois accompagnée d’une brève description, ils « matchent » et peuvent entamer la conversation. Fini le hasard de la rencontre au coin d’une rue, du verre galantement offert par le tombeur de la soirée, aujourd’hui les jeunes organisent leur « date » par ces sites de rencontre même si l’objectif n’est pas toujours le même pour les deux sexes.


Aujourd’hui, Tinder compte environ 57 millions d’utilisateurs dans 190 pays et sur l’application, les femmes ont l’embarras du choix. En effet selon une étude sur la répartition des sexes, elles seraient 34% d’utilisatrices contre 66% d’hommes. Mais dans une société où le mâle est pointé du doigt et perçu comme la bête noire par les féministes les plus extrêmes, celui-ci a tendance à faire ressortir les aspects primitifs de sa personnalité derrière l’écran de son smartphone. Les échanges virtuels, souvent réduits à des banalités ou à un quémandage de photographies dénudées lassent les jeunes femmes qui en appelleraient presque à un retour du Don Juan à l’ancienne.


Érigée en grande cause nationale du quinquennat, l’égalité entre les femmes et les hommes nécessitait des mesures en sa faveur. Or, dans le pays de la séduction, nombreux sont ceux qui craignent que cette intrusion du droit dans nos relations les plus primaires ne conduise à un excès de puritanisme. Mesdames, réjouissez-vous que les porcs restent désormais dans leur porcherie, mais ne réduisons pas la moindre flatterie en eau de boudin !


Marine Mazurais

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